dimanche 20 mai 2018

Frère des astres - Julien Delmaire ♥

Frères des astres    -  Julien Delmaire

Frère des astres

Grasset
Parution : 09/03/2016
Pages : 234
EAN : 9782246855842
Prix : 17 €

Présentation de l'éditeur

Benoît est un pèlerin de notre temps, un drôle de randonneur qui traverse la France, les yeux tournés vers les étoiles. Figure de clochard céleste, digne d’un roman de Kerouac, Benoît va à la rencontre de son destin avec douceur et naïveté.
Librement inspiré de la vie de Saint Benoît Labre, le vagabond mystique du XVIIIème siècle, Frère des astres est un « road-book », nourri de rencontres improbables, de paysages grandioses et de couleurs saturées. Frère des astres s’écoute comme une ballade folk de Johnny Cash. Profondément humain, ce roman chante la joie d’être au monde.

Mon avis

Benoît vit dans le Nord de la France, il est issu du milieu ouvrier.  Son père est syndicaliste à l'usine.  A l'école ses congénères l'ont baptisé l'autiste.  Il s'arrête souvent à la chapelle devant la statue de la Vierge Marie.  Il est fasciné.

A 12 ans il s'enlise dans sa scolarité, il se cultive à sa façon, sa lecture préférée est la Bible.

A 16,  il quitte l'école pour travailler à l'usine.

Un jour, Benoît laisse une lettre et de l'argent à sa mère pour ses frères et soeurs. Il emporte avec lui pour seul bagage, l'écharpe de son père (emporté par un cancer), une Bible, un opinel et un duvet. 
Il part sur la route, pèlerin à l'image de Saint-Benoît.

Il traversera la France du Nord au Sud en passant par les cathédrales Notre-Dame entre autre.  Il se nourrira comme un cueilleur préhistorique de fruits et légumes crus.  Il vivra avec la nature, prêt à souffrir pour aimer, accordant le pardon à ses agresseurs, donnant ce qu'il récolte à plus pauvre que lui, il partagera l'aumône qu'il reçoit dans les troncs des églises  Comme Saint Benoît, il marchera des jours entiers, entrant toujours en contemplation avec la nature.

Ce récit sur la spiritualité, un peu mystique est écrit de manière poétique.  Folie, candeur, un portrait touchant empreint d'humanité.

J'ai trouvé ce cheminement à travers la France et à travers sa foi; juste, reposant.

L'écriture est magnifique, j'ai vraiment passé un excellent moment de lecture.

Ma note : 9/10


Les jolies phrases

Benoît traverse des villages sans éclat, des bourgades où l'ennui suit son cours.  Il n'a plus un sou en poche.  Il a atteint son idéal : le voilà pauvre, affamé, sans autre issue que la charité.

Ce qu'éprouve Benoît à l'endroit de son père n'a pas de nom.  Il est le tuteur de noisetier, la rigole creusée pour irriguer les jours, le cordeau de filasse qui délimite la terre. Quand il récite le Notre Père, c'est le visage du sien qui s'anime sous ses paupières.

Son bonheur est complet lorsque sa mère, libérée du joug, s'évade, les coudes sur la table de la cuisine, en parcourant des romans de plage aux intrigues ficelées d'un ruban rose.  Bovary du borinage, fée du logis sans baguette magique, maman s'ennuie et se résigne.

La prière est pour lui une ivresse sans cesse renouvelée.  Si Benoît était un junkie, nous dirions qu'il se défonce sans répit, s'injecte des extases en intraveineuse.  Mais l'amertume qui succède à la piqûre, la perte qui obstrue l'aiguille lui sont inconnues.  Sa drogue est idéale, il n'en manque jamais.

L'homme au sifflet se relève, empoussiéré des pieds à la tête. "Merci.  Vous êtes berger ?
- Je suis chrétien, c'est un peu la même ", répond benoîtement Benoît en caressant l'encolure d'une brebis.

La joie d'être sur le chemin.  La joie de n'être qu'un passant.  Joie de ne rien posséder et de n'être possédé par rien.  LA JOIE D'ÊTRE NU. Entièrement nu. Nu dans son entier.  Nu face au vent, nu face au destin, nu face à la joie.


Benoît n'a plus de raison de vivre, ni aucune envie de mourir.  Les dunes, à ses pieds, sont de simples châteaux d'enfant.  Il marche vers un soleil renouvelé, un jour unique, où tout prend sens, chaque respiration, chaque foulée.

Benoît est le roi du monde, un monarque crasseux.  Dire qu'il empeste n'est pas suffisant.  Son parfum est complexe, dense, feuilleté de strates olfactives.  D'abord une senteur de gravier, d'humus, d'écorces poussiéreuses.  La fragrance se prolonge d'un coeur floral : colchique décomposé, armoise, sauge amère, une nuance de sainfoin ou d'orge humide.  Ensuite, le suint, le musc se mêlent à des effluves sucrés : spéculoos écrasé, canne à sucre  trop mûre.  La sueur apporte sa touche d'acidité sa touche d'acidité, aussitôt confondue dans les miasmes de tourbe et de lichen.  Enfin, une persistance iodée, une note saline, fumet de laminaires abandonnées sur la grève.  Benoît se hume comme un single malt, fleuron d'Islay, un breuvage endeuillé, que les Écossais boivent les yeux clos, en songeant aux marins engloutis.

Du même auteur j'ai lu

Mon billet en cliquant sur la couverture :

Minuit, Montmartre





samedi 19 mai 2018

Défaite des maîtres et possesseurs - Vincent Message ♥♥♥♥

Défaite des maîtres et possesseurs   -   Vincent Message


Seuil Edition
Cadre Rouge
Parution : 07/01/2016
Pages : 304
EAN 9782021300147
Prix : 18 €

Présentation de l'éditeur

Iris n’a pas de papiers. Hospitalisée après un accident de voiture, elle attend pour être opérée que Malo Claeys, avec qui elle habite, trouve un moyen de régulariser sa situation. Mais comment la tirer de ce piège alors que la vie qu’ils mènent ensemble est interdite, et qu’ils n’ont été protégés jusque-là que par la clandestinité ?

C’est notre monde, à quelques détails près. Et celui-ci notamment : nous n’y sommes plus les maîtres et possesseurs de la nature. Il y a de nouveaux venus, qui nous ont privés de notre domination sur le vivant et nous font connaître le sort que nous réservions auparavant aux animaux.

Plongeant dans un des enfers invisibles de notre modernité, retraçant l’histoire d’un amour difficile, Défaite des maîtres et possesseurs nous entraîne dans une fable puissante où s’entrechoquent les devenirs possibles de notre monde.

L'auteur nous en parle





Mon avis


C'est étrange j'étais récemment au théâtre pour voir "Les Mandibules" de Louis Calaferte, un texte écrit fin des années 70, un texte qui nous parle de la surconsommation, de nos dérives alimentaires, je ne peux m'empêcher de faire le rapprochement en pensant à ce récit.

C'est un livre puissant, marquant, un roman d'anticipation que nous propose Vincent Message. Une fable écologique.

Nous sommes dans un avenir qui pourrait être proche, dans une société de l'ordre du possible.

Un peuple venant de l'univers est arrivé sur notre terre, il a colonisé l'homme et est devenu "Maître et possesseur" de la nature, de la planète. Parlons-en de la nature !

Tout a disparu sur terre, le gibier, les oiseaux, tout cela à cause de la surconsommation. Par son comportement irresponsable l'homme a fait disparaître toutes les richesses de la terre.

Il y a aujourd'hui trois catégories d'humains, trois castes :

- ceux qui travaillent

- les hommes de compagnie qui remplacent les animaux disparus

- les hommes d'élevage

Malo est aujourd'hui rapporteur à l'assemblée, il est porteur d'un projet de loi visant à améliorer la fin de vie des hommes, à la prolonger.

Il a rencontré Iris il y a 11 ans, à l'époque où il était inspecteur des élevages.... Elle est depuis devenue "Humain de compagnie" clandestine.

Suite à un accident - elle a la jambe broyée - il lui faut un bracelet d'identité pour la soigner, ce combat n'est pas simple car nous sommes dans une société différente avec des codes stricts, pas de mélanges entre les trois "castes"....

Comme Louis Calaferte, Vincent Message analyse nos comportements, envisage l'évolution de notre société. Inévitablement on s'interroge sur ce que nous pourrions changer pour sauvegarder notre belle terre, sa biodiversité, son équilibre.

C'est avec une écriture puissante, audacieuse, dure parfois mais aussi très poétique que l'auteur nous fait réfléchir au devenir de notre belle planète bleue.

Les conditions d'élevages sont la plupart du temps désastreuses pour les animaux (je pense à Isabelle Saporta et "Le livre noir de l'agriculture" mais aussi au combat mené à travers ses récits d'Aymeric Caron). Si l'on transpose ceci chez l'homme, on prend plus conscience, on est secoué et c'est peut-être aussi l'occasion de modifier nos comportements.

Des réflexions sur le monde du travail, de l'argent, une ambiance incroyable, des mots percutants, Vincent Message sème le trouble, le doute dans nos esprits.

Un livre fort, puissant, noir mais il est vrai tellement indispensable.

Vous l'avez compris c'est un coup de ♥


Les jolies phrases


C'était le chaos de la vie qui veut vivre, mais si grouillante qu'on comprenait pourquoi les équilibres globaux exigeaient que des virus périodiques les déciment au hasard et recréent autour de chacun, par ce moyen toujours contestable qu'est la mort, un peu d'espace pour respirer.

Jusqu'à quand une vie d'homme mérite-t-elle d'être vécue ? Qui peut savoir cela ? Qui a le droit d'en décider ?

Les hommes ne voulaient plus être seuls, mais ils ne s'entendaient qu'avec ceux qui leur étaient semblables presque en tous points.

On fait souvent le mal qu'on ne veut pas. Souvent on vise l'ennemi et ce n'est pas l'ennemi qui tombe. Parfois on ne vise même pas et il y en a qui tombent quand même.

...comment prend-on en compte les intérêts de ceux qu'on ne voit pas, ou qui ne parlent pas, ou auxquels on se refuse par principe à donner la parole ?

Ce n'est pas parce que quelqu'un est inférieur qu'il devient soudain légitime de le maltraiter et de l'asservir.

Aimer les animaux ce n'est pas moins aimer les hommes ; aimer les hommes ce n'est pas moins aimer les gens de notre espèce. Car si on aime la vie avec une passion folle, alors on peut aimer tous les vivants, reconnaître partout leur souffle, et ce qu'il a de fragile, et sa capacité à se détraquer en peu de temps, et se mettre à haïr, en regard, toutes les violences qui leur sont faites.


vendredi 18 mai 2018

Majda en août - Samira Sedira

Majda en août    -    Samira Sedira


Rouergue
La Brune
Parution : mars 2016
Pages : 144
ISBN : 978-2-8126-1029-5
Prix : 16 €

Présentation de l'éditeur

À 45 ans, Majda se réfugie chez ses vieux parents d’origine immigrée, après un séjour en hôpital psychiatrique. Fille aînée d’une fratrie de sept enfants, la seule à avoir fait des études universitaires, elle aurait dû pourtant s’élever dans l’échelle sociale. Durant le mois d’août, alors qu’elle reste confinée dans le petit appartement familial d’une cité du Var, on revisite avec elle les non-dits familiaux, notamment le drame vécu dans son adolescence.

L'auteur



Née en Algérie, formée à l’école du Centre dramatique national de Saint-étienne, Samira Sedira est comédienne et écrivain. Elle vit en banlieue parisienne.  (source : Rouergue éditions)

Mars 2013 son premier roman :   "L'odeur des planches" ​​ ( Prix Beur FM Méditerranée 2014)
Mars 2016  "Majda en août"
Mars 2018  " La faute à Saddam"  troisième roman  tous chez Rouergue La Brune


Mon avis

Majda a 45 ans, elle erre pieds nus depuis trois jours sur la route.  C'est un routier qui la dépose dans un hôpital psychiatrique.  Cela fait 3 ans que ses parents sont sans nouvelles de sa part.

Mais que s'est-il passé durant tout ce temps ? Comment Majda en est-elle arrivée là ?

Perdue entre deux cultures, parents immigrés du Magreb vers le Sud de la France, Majda est l'aînée de sept enfants, seule fille ayant pourtant réussi des études universitaires.  Ahmed, un père très libéral, une mère fatiguée par des grossesses successives deux ans après l'arrivée de Majda.

Tout va bien jusqu'à l'adolescence, moment ou Aziz l'aîné prend le relais voulant faire rentrer sa soeur dans "le moule".  Il se substituera au père et s'imposera.

A l'âge de 14 ans ce sera le drame ! Le manque d'amour de sa mère, la culpabilité de son frère qui n'a rien fait, rien dit, l'enfoncera peu à peu et changera Majda.  Elle continuera pourtant ses études, fêtera sa maîtrise jusqu'au jour où en quelques secondes, Majda se réveillera comme une autre !

C'est un narrateur extérieur qui nous conte la vie de Majda de manière froide, sans émotion. à la recherche d'amour et de la compréhension de la folie.

C'est dur, l'hôpital psychiatrique est dépeint sans détour, cela fait froid dans le dos, pas de tri des patients, tous ensemble.  Un récit qui aborde la folie, l'amour, les regrets, la culpabilité.

Une plume qui m'a touchée, un très beau récit à découvrir.

Ma note : 9/10

Les jolies phrases

Quand on est, comme elle, affamée de caresses, avoir l'illusion d'être aimée vaut toujours mieux que la certitude de ne pas l'être.

Le coeur supplie de tendre les bras, mais les yeux paniqués ajournent les retrouvailles.

Feindre le calme.  Traverser la tourmente.  Se dire que toute vague n'accouche pas d'un raz-de-marée.

Contre le poison de la culpabilité, l'éloignement n'était-il pas le meilleur antidote ?

S'il était possible de lire la douleur à travers les corps, comme sous l'effet des rayons X, on aurait vu, à l'endroit des deux coeurs, la douleur dans sa représentation la plus vive.

Je dois la surveiller, comme le lait sur le feu, elle avait confié, le matin même, à sa voisine de palier, comme le lait sur le feu, et si elle déborde, je dois tout nettoyer !





mardi 15 mai 2018

L'ombre sur la lune - Agnès Mathieu Daudé

L'ombre sur la lune  -  Agnès Mathieu Daudé


Gallimard
Ma Blanche
Parution : 24 août 2017
Pages : 208
ISBN : 9782072735530Prix : 18 €

Présentation de l'éditeur

L’ombre sur la lune aurait prouvé à Magellan que la terre était ronde : tableaux de maîtres, footballeurs ou mafieux en parcourent la surface dans une circumnavigation infinie. À la croisée de ces univers en apparence éloignés, la passion de la Giganta, une Chinoise de deux mètres, pour une œuvre de Goya, réunit Attilio, un Sicilien qui a tué sa femme le jour de leur mariage, et Blanche, une discrète employée de musée qui se croit le sosie d’un célèbre footballeur.
Depuis leur rencontre dans les tribunes d’un stade madrilène, la relation mouvementée d’Attilio et de Blanche les mènera jusqu’en Andalousie, le lieu de toutes les rédemptions et de tous les possibles.

L'auteur

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Agnès Mathieu-Daudé est française, elle a fait des études d'histoire. Elle a été élève de l'institut national du patrimoine, elle est conservateur du patrimoine, spécialisée en restauration d 'oeuvre d art, actuellement en disponibilité. Elle a été Chargée de séminaire deuxième cycle à l'École du Louvre.

Un marin chilien  07/01/2016 chez Gallimard est son premier roman. Il a été récompensé par  le Prix de la 25ème heure du Mans 2016.


Mon avis


Attilio est sicilien et le jour de ses noces, il ensable son épouse vivante ! Etrange personnage, d'accord c'est un procédé qui ressemble à la mafia qu'il fréquente mais tout de même étrange d'entrée de jeu.


Il sera contacté par "la Gigante", Soony May-Ling, une chinoise de 2 mètres qui dirige la mafia chinoise espagnole. Elle est dingue de chiens et contacte Attilio pour une demande un peu spéciale.


Blanche travaille dans un musée, elle pense être le sosie du joueur de foot Fernando Torres. C'est dans un stade que l'on fait sa connaissance.



Quel rapport me direz-vous entre ces personnages ? Quelle entrée en la matière étrange et loufoque ! C'est quoi ce récit ? Ce sont les interrogations que je me suis posées.


Intriguée j'ai poursuivi la lecture car la plume est belle et agréable, poétique même.


Ce récit va nous emmener en Andalousie, dans les coulisses du monde de l'art et de celui de la tauromachie.


Un récit que j'ai apprécié, un peu burlesque, décalé où des personnages malmenés par la vie, étrangement assortis, s'attirent et se complètent.


Une lecture originale avec une plume magnifique dans le cadre du Prix Horizon 2018.


Ma note : 8 /10


Les jolies phrases

Il fallait avoir tout perdu pour espérer gagner et c'est vrai qu'en ce moment, il perdait beaucoup.


La foule est comme ça, au moindre frémissement elle écarquille les naseaux, on peut l'entendre souffler, un grondement rauque qui monte et vous intime de la suivre. Et d'un seul geste la foule se redresse, la foule s'emballe, la foule charge sans savoir vers où ni vers quoi, la foule ne sait rien sinon le mouvement.


Blanche détestait que l'on diluât l'alcool dans des montagnes de glaçons, des branches de menthe rabougrie et du jus de citron en bouteille avant d'y planter une, voire deux pailles, comme si les femmes étaient siamoises, dotées de deux orifices buccaux, en plus de mineures ou grabataires.



dimanche 13 mai 2018

Le dernier amour d'Attila Kiss - Julia Kerninon

Le dernier amour d'Attila Kiss   -   Julia Kerninon



Rouergue - La Brune
Parution : janvier 2016
Pages : 128
ISBN : 978-2-8126-0990-9
Prix : 13.80 €


Présentation de l'éditeur

«Par la suite, il se demanderait souvent s’il devait voir quelque chose d’extraordinaire dans leur rencontre – cette fille venant à lui sur la terrasse d’un café qui n’était même pas son préféré, qu’il ne fréquentait que rarement. Si elle était passée par là la veille, ou simplement une heure plus tôt ou plus tard, elle l’aurait manqué – il ne l’aurait jamais connue, il serait resté seul avec ses poussins et sa peinture et sa tristesse et sa dureté. Mais elle était venue, et il avait poussé doucement la lourde chaise de métal pour qu’elle puisse s’installer, et c’était comme ça que tout avait commencé.»

À Budapest, Attila Kiss, 51 ans, travailleur de nuit hongrois, rencontre Theodora Babbenberg, 25 ans, riche héritière viennoise. En racontant la naissance d’un couple, Julia Kerninon déploie les mouvements de l’amour dans ses balbutiements. Car l’amour est aussi un art de la guerre, nous démontre-t-elle avec virtuosité dans son deuxième roman.

L'auteure nous en parle




Mon avis

Après avoir mené une autre vie, un mariage très jeune, un divorce, une vie volage, trois enfants avec Irisz, Attila triste, seul, quitte tout, sa Puszta pour s'établir à Budapest.

Il va peindre pendant un an... Il deviendra ensuite sexteur, trieur de poussins dans une usine de fois gras.

Attila a 51 ans, il est d'origine modeste, il est hongrois marqué par l'histoire de son peuple, les guerres du passé de l'empire austro-hongrois.

Un jour il rencontre Théodora, 25 ans, elle est une riche héritière d'une des plus vieilles lignées autrichiennes.  A la tête de la fortune de son père, le plus célèbre des chanteurs d'opéra.

Ce sont deux mondes qui s'opposent, âge, milieu social, laissant les traces du passé historique entre leurs deux peuples et pourtant entre eux va naître une belle histoire d'amour : le dernier amour d'Attila Kiss.

C'est une plume alerte, acérée.  L'écriture est très belle, ciselée.  Un récit qui reprend l'histoire d'un peuple.

Peut-être pas le bon moment pour moi, car malgré toutes ces qualités, j'avoue être restée en dehors.

Ma note : 7.5/10

Les jolies phrases

Lorsque deux individus se rencontrent et cherchent à entrer en contact jusqu'à se fondre, cela commence toujours comme commence une guerre - par la considération des forces en présence.

Mon amour pour elle, c'est comme déserter mon pays, c'est coucher avec l'ennemi, c'est trahir ma conscience de classe, c'est accepter de fermer les yeux, de mettre mes mains sur mes oreilles et d'oublier qu'ils nous ont laissés derrière, autrefois, que c'est à cause de leur atavisme, de leur besoin navrant de protéger leur ville muséale, que nous en sommes là.  

...c'était minuscule, mais l'amour est la forme la plus haute de la curiosité et je suis tombée amoureuse de toi.

De la musique parfaite inventée par un idiot, un idiot qui n'était touchant que quand il chantait, et qui dans le civil était juste une brute, mais les brutes sont parfois capables de grandes choses, comme l'a maintes fois démontré l' Histoire, et tout le ressentiment de Theodora ne faisait pas le poids face à sa connaissance profonde de l'opéra.


Du même auteur j'ai lu