jeudi 22 juin 2017

Ne reviens jamais - David Bell

Ne reviens jamais

David Bell


Ne reviens jamais



Actes Sud
Actes Noirs
Mai, 2017
368 pages
traduit de l'anglais (États-Unis) par : Claire-Marie CLÉVY
ISBN 978-2-330-07826-3
prix indicatif : 22, 80€


Présentation de l'éditeur



Bien qu’elle étudie l’histoire, celle de son pays, à l’université de l’Ohio, Elizabeth Hampton se révèle dangereusement ignorante dès lors qu’il s’agit d’aborder celle de sa propre famille.
Quand un coup de fil de la police informe la jeune femme du décès de sa mère, Elizabeth est doublement choquée d’apprendre que la mort est considérée comme “suspecte”, et que son frère Ronnie, handicapé mental, pourrait être impliqué. Ce dernier, qui vivait toujours avec leur mère au moment du drame, et dont les crises de colère à répétition inquiétaient son entourage, est hospitalisé d’office. Alors que le doute sur l’innocence de Ronnie semble gagner jusqu’à ses plus fidèles soutiens, Elizabeth reste convaincue qu’il n’a rien à voir avec tout ça. Mais qui, dans ce cas, a bien pu vouloir tuer une tranquille et paisible retraitée ?
Derrière le calme de façade d’une petite ville du Midwest américain, David Bell met en scène un nouveau drame familial sombre et captivant. Et s’affirme, avec ce troisième roman, comme l’un des maîtres actuels du thriller psychologique.

Mon avis

Elizabeth Hampton étudie et enseigne l'histoire à l'université de L'Ohio.  A 26 ans, elle se veut indépendante et a bien l'intention de mener sa vie comme elle l'entend.  Elle a un frère Ronnie vivant toujours avec sa mère Leslie.

Elle est partie de chez elle depuis six semaines suite à une dispute au sujet de Ronnie.  Leslie voulait lui faire promettre de veiller sur son frère Ronnie, si un jour elle n'était plus là.

Un coup de fil lui annonce le décès de sa maman.  Elle se précipite pour réconforter Ronnie et elle apprend en arrivant que Leslie a été victime d'un meurtre et que son frère est le principal suspect.

Effondrée, elle trouve réconfort auprès de son oncle Paul qui avait promis de prendre soin de Ronnie.

Elizabeth doute de la culpabilité de son frère, elle est convaincue de son innocence d'autant plus qu'il se passe des choses bizarres ; un cambriolage à son domicile, un testament modifié...

C'est un grand format de 357 pages que j'ai littéralement englouti en peu de temps.  Ce drame psychologique familial est captivant et sombre à souhait.

De courts chapitres, un rythme lent au départ, le temps que les choses se mettent en place et le récit s'accélère au fil des pages.  David Bell distille avec finesse des intrigues, des pistes et indices.  Il y a des rebondissements, des fausses pistes et cela devient peu à peu un page turner.  J'ai vraiment pris beaucoup de plaisir à la lecture.

Je remercie les éditions Actes Sud pour cette surprise inattendue.


Ma note : 8.5/10


Les jolies phrases

Et j'ai constaté une vérité universelle : la mort donne faim.  Soit parce que les gens décident de croquer la vie à pleines dents à la suite d'un décès, soit parce qu'ils ne savent pas de quoi parler en ce genre d'occasion.

La vieillesse est un putain de naufrage. C’est peut-être la seule chose pire que de se retrouver seul.

dimanche 18 juin 2017

Patricia - Geneviève Damas

Patricia      -    Geneviève Damas

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Gallimard - La Blanche
Parution : 18-05-2017
136 pages, 118 x 185 mm
ISBN : 9782072731792
Prix : 12,00€


Présentation de l'éditeur 


Au Canada, Jean Iritimbi, un Centrafricain sans papiers, rencontre, dans l’hôtel où il travaille au noir, Patricia, une cliente blanche qui s'éprend de lui. Pour le ramener avec elle à Paris, elle vole le passeport d’un Afro-Américain. Mais Jean Iritimbi n’a pas dit à Patricia qu’il a une famille au pays, une femme et deux filles. Il apprend en les appelant qu’elles sont en route pour le rejoindre. Hélas, le bateau qui les transporte fait naufrage. On annonce peu de survivants.

À partir d’une des tragédies de notre actualité, l’auteur a composé un roman bref d’une étonnante densité. C’est un texte à plusieurs voix, finement documenté et d’une grande émotion. Les trois personnages principaux parlent à tour de rôle, d’une voix juste, portée par une écriture orale et simple. Cette polyphonie offre une vision originale et sensible du drame des migrants.


Geneviève Damas

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Geneviève Damas est belge et vit à Bruxelles.  Après avoir terminé des études de droit, elle fait des études de théâtre à l'IAD.

Elle est comédienne, metteur en scène et bien entendu écrivain.

Elle adaptera au départ des romans pour le théâtre mais très vite se mettra à l'écriture théâtrale avec entre autres :

- Molly à vélo en 2004
- Molly au château en 2007
- STIB en 2009
- Paix nationale en 2012
- Mais il n'y a rien de beau ici !  en 2015

Son premier roman remporte entre autre le Prix Rossel et le prix des Cinq Continents - prix de la francophonie :

- 2011   Si tu passes la rivière   (Luce Wilquin)
- 2014   Benny, Samy, Lulu et autres nouvelles  (Luce Wilquin)
- 2014   Histoire d'un bonheur (Arléa)
- 2017    Patricia  (Gallimard)

Mon avis

Geneviève Damas signe ici un très grand roman, il est court mais très dense.  Comme toujours il est empreint de beaucoup d'amour et d'humanité.

Un thème d'actualité difficile, celui des migrants.  Un roman chargé d'espoir qui nous montre que nous pouvons agir à quelque niveau que ce soit dans un monde qui perd ses valeurs fondamentales de base; le devoir d'accueil.

Votre regard sur le problème des migrants ne peut que changer après cette lecture.

Le tour de force de Geneviève Damas est que l'on s'éloigne des images malheureusement trop connues et présentes dans l'actualité, le naufrage des migrants et les images des centres.  Elle sort de ces clichés pour nous amener ailleurs, vers la question de l'humain.

Ce sont trois personnages, trois voix, trois destins qui s'entrecroisent.  Il y a Jean Iritimbi, un centrafricain, Patricia une parisienne d'un milieu aisé et Vanessa, rescapée d'un naufrage.  Nous allons vivre leur parcours, leur vie, leur ressenti, leurs émotions.

Jean a quitté son pays il y a une dizaine d'années, il est arrivé au Canada dans l'espoir d'offrir une vie meilleure à sa famille restée au pays, ses femmes comme il dit : Christine et leurs filles Myriam et Vanessa.  Il a très vite compris que ce n'était pas gagné de faire comprendre cela au service d'immigration, il est devenu clandestin.  Il travaille au Niagara Falls Hôtel, c'est là qu'il croisera la route de Patricia, une touriste parisienne.

Patricia est seule comme lui, alors il tente sa chance.  Patricia sera sous le charme , elle fera venir Jean à Paris avec pour lui l'espoir d'une vie nouvelle, son secret enfoui au plus profond de lui.

Jean a besoin d'argent, il joue au casino, trouvera un travail, il doit envoyer de l'argent à ses femmes, il espère qu'ainsi elles auront une vie un peu plus confortable mais il se trompe.  Un jour Christine lui apprend qu'elles ont donné l'argent à un passeur et qu'elles arrivent le retrouver.  Jean se pose alors des questions partagé entre la joie de retrouver sa famille mais inquiet de ce qu'il reste de l'amour pour Christine.

Vous devinez le drame qui surviendra, un naufrage, seule Vanessa la plus jeune âgée de douze ans est rescapée murée dans un silence et une colère sourde.

L'écriture est magnifique, d'une intensité incroyable, toute en délicatesse et émotions.  Ce récit m'a émue aux larmes par son authenticité et l'humanité qu'il dégage.  Un roman porteur d'espoir.

Un bijou à lire sans attendre.

Nous ne devons peut-être pas porter toute la misère du monde mais nous pouvons tous à notre niveau faire en sorte que les choses changent, et redonner espoir et écoute à ceux qui ont tout quitté en espérant un monde meilleur.


Un immense coup de ♥♥♥♥♥

Les jolies phrases

La vraie richesse, c'est de rester avec ceux que l'on aime.

Elles disent que ça va, mais je n'en suis pas sûr, il y a de l'inquiétude au fond de leurs voix et, tout à coup, je comprends qu'elles sont en train de devenir comme moi, mes femmes, c'est bien plus qu'un continent que l'on traverse, c'est quelque chose d'invisible qui nous transforme et nous laisse sur le qui vive, à ne plus faire confiance à personne.

Tu mets le pied dans un endroit que tu ne connais pas, un endroit qui ne t'attend pas, un endroit pour lequel tu as tout abandonné et où il faudra, malgré tout, contre tout, faire ta vie.

Au petit matin, je monte dans la voiture, je descends au bout de la terre, tout au bout, et la peur ne me quitte plus, j'arrive à Villa San Giovanni, je prends le ferry, durant la traversée, j'observe les familles, je regarde les mères avec les enfants, les pères aussi, les mains qui se cherchent, les petits qui s'endorment au creux des bras et je pense que tout cela est un trésor que j'ai laissé derrière moi, si j'avais su, si j'avais su, comme j'espère n'avoir pas tout perdu.

Avancer, avancer toujours comme je n'ai cessé de le faire durant ces années, mais avancer pour quoi ? Vers tout ce que l'on perd, vers tout ce qui s'effondre ? Quel sens a encore, ma vie ?

Il faut quelqu'un pour la protéger, l'aider à grandir, lui donner une vie qui vaille le prix de la traversée.

Peut-être que les morts prennent possession de nos vies bien plus qu'on ne l'imagine.

Quelque chose en moi s'est détendu, je m'imagine que le trajet de retour se poursuivra sans accrocs, nous avons fait le plus dur, c'est ça que je me dis, mais je me trompe.  J'apprendrai, au fil des jours et des mois, cette alternance de brèves avancées et de violents reculs, ces courts moments de familiarité suivis de longues douches froides qui ne me permettront jamais de savoir où nous en sommes, toi et moi, si j'existe quelque part dans ta vie.

Au début, il paraît supportable, mais au bout de quelques minutes ton silence s'abat sur moi comme un orage.  Et je n'entends plus que lui dans la voiture ...

J'apprendrai, au fil des jours et des mois, cette alternance de brèves avancées et de violents reculs, ces courts moments de familiarité suivis de longues douches froides qui ne me permettront jamais de savoir où nous en sommes, toi et moi, si j'existe quelque part dans ta vie.

Si je m'écoutais, je poserais ma main sur ton dos pour te rassurer, pour que tu te sentes moins seule, certainement pour m'en convaincre aussi, mais depuis hier j'apprends à retenir mes gestes, ce sera ça aussi la vie avec toi, savoir que j'ai envie de te donner et de te dire, et garder, toujours garder, ne livrer qu'une portion congrue de ce que je voulais t'offrir, pour que tu puisses le recevoir, accepter ce qui t'arrive de moi. Donner à peine pour te laisser toute la place.

Il y a du bruit, beaucoup de bruit, imperceptiblement, tu t'approches de moi, comme si tu cherchais une protection; et ce mouvement ténu me rassure, il y a quelque chose entre nous, quelque chose que je ne peux nommer mais qui existe, qui commence à se construire ...

Ce centre, c'est comme une école, avec des docteurs.  Pour aller chercher la souffrance coincée à l'intérieur.

J'ai du mal avec le calcul et les conjugaisons.  C'est normal, dit le docteur Ronvaux, Vanessa a perdu toute sa famille, elle ne connaît plus que le singulier et la solitude.

samedi 17 juin 2017

SUISEN - Aki SHIMAZAKI

Suisen

Aki Shimazaki

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Actes Sud / Lemeac
Mars, 2017
10,0 x 19,0 
168 pages
ISBN 978-2-330-07212-4
prix indicatif : 15, 00€


Présentation de l'éditeur


À la tête d’une société prospère fondée par son grand-père, Gorô est marié avec une femme de bonne famille et père de deux enfants pour qui il a des ambitions claires. Il entretient deux maîtresses – dont une magnifique actrice –, il s’entoure de clients importants dans les bars et exhibe fièrement des photos de lui auprès de célébrités. Même s’il croit en mériter toujours davantage, Gorô trouve qu’il a bien réussi sa vie. Or, le jour où ses convictions sont une à une ébranlées, il est forcé de se regarder franchement dans le miroir, sans doute pour la première fois.

Dans ce roman, Aki Shimazaki plonge au cœur des blessures d’enfance qui deviennent parfois des failles à l’âge adulte.



Mon avis

Gorô est marié depuis 23 ans. Il est le président de Sakaya Kida , une entreprise familiale prospère.

Il a deux enfants, deux maîtresses et ne se prend pas pour rien. Toul lui est dû... Il estime que c'est comme ça.


Gorô n'a pas eu une enfance facile. Sa mère est morte lorsqu'il avait trois ans et un an plus tard, son père se remariait, puis est arrivée Aï, sa demi-soeur, beaucoup plus sensible que lui, qui lui a vite fait de l'ombre. Une jeune femme douée aux études, en musique - domaine dans lequel il excédait mais manquait de sensibilité.


Gorô est vraiment devenu un être imbuvable, imbu de sa personne, macho, pensant avoir tous les droits.

Sa fille Yoko a choisi des études de musique, son fils Jùn aimerait étudier la psychologie mais c'est hors de question car Gorô estime que c'est lui qui reprendra la présidence de Sakaya Kida.

Plus rien ne va plus pour Gorô, il semble bien que les choses changent. En un rien de temps, tout s'effondre autour de lui.

Sa maîtresse principale Yuri est actrice, elle lui doit tout selon lui car c'est Gorô qui l'avait présentée à son directeur de production. Il est invité à une réception à l'occasion de son dernier film "Ne me quitte jamais maman !". Un film et une chanson qui seront un des éléments central de ce roman. On y parle d'une jolie fleur jaune "Suisen", le narcisse.

Cette fleur lui fait penser à une étudiante Sayoko qui lui avait offert la veille de son mariage une cravate sur laquelle se trouvait dessiné des Suisen. Il se replonge dans son passé.

Une fois de plus, Aki Shimazaki nous décrit avec beaucoup de sensibilité le plus profond de l'âme humaine. Elle est comme chaque fois sobre en mots mais tellement juste. C'est encore un petit bijou.

Quelle sensibilité, j'adore.


Ma note : 9/10




Retouvez les deux premiers romans de ce cycle, il n'est pas nécessaire d'avoir lu les précédents au préalable.



Azami 


Les jolies phrases


Après tout, qu'est-ce que c'est, l'amour ? J'aime bien toutes les femmes qui couchent avec moi. C'est tout. Les femmes aiment aimer, et les hommes aiment être aimés, voilà ce que je crois. Il faut en profiter.


Sayoko était différente de celles que j'avais rencontrées. Lorsque je lui ai dit que toutes les filles rêvent de se marier avec un prince charmant, elle m'a répondu :


- Une vie de Cendrillon, ce n'est pas mon rêve. J'adore apprendre en général. J'aime les défis : je veux exploiter mes propres possibilités. Je suis pauvre, mais je n'en ai pas honte. Je suis fière d'être occupée par mes études et mon travail.


Il m'était impossible d'imaginer sa vie. Je ne comprenais pas sa mentalité - pauvre mais fière de ses études et même de son emploi minable. Je croyais qu'elle faisait la brave. Pour moi, la pauvreté, c'est la honte.


Je me vante de fréquenter des célébrités. Mais qui est fier de me connaître ?

mercredi 14 juin 2017

Un chien en ville - Jules Gassot

Un chien en ville      

Jules Gassot


Rivages
Grand format 
140 pages.
Paru en : Avril 2017
Prix : 18.00 €
GENCOD : 9782743639907


Présentation de l'éditeur

Vous avez toujours rêvé de connaître les moindres pensées de votre chien ? Aux quatre coins du monde, Jules Gassot nous fait vivre cette expérience en retraçant dans dix courtes nouvelles le destin du meilleur ami de l’homme. Le chihuahua d’une starlette d’Hollywood ; le dalmatien d’un séducteur milanais ou encore le chow chow d’une esclave sexuelle chinoise addict à l’héroïne : tous ces chiens racontent avec sarcasme et ironie leur propre vie mais surtout celle de leur maître. Témoins privilégiés de nos bassesses les plus inavouables et de la superficialité de nos sociétés, qui de mieux placé qu’eux pour juger et questionner notre rapport au monde ? Avec une plume aiguisée et un humour décapant, Jules Gassot fait mouche à chaque fois. Il donne la parole à nos fidèles compagnons et nous fait vivre page après page une vraie vie de chien.

Mon avis

Des nouvelles pour changer.  Une démarche originale, comment nos amis à quatre pattes, les canidés nous perçoivent-ils ?

Jules Gassot a donné la parole à douze chiens dans douze capitales du monde.  Yorkshire, labrador, lévrier, chow-chow en passant par le chien des rues, chacun nous conte à sa façon une tranche de vie de leur maître.  L'occasion pour nous parler des habitudes alimentaires de l'homme, de ses joies, des ses solitudes ou de ses tristesses.

L'idée du chien permet à Jules Gassot d'avoir un regard critique sur l'homme et notre société aux quatre coins de la planète.

En route pour une ballade glaciale à Copenhague, à Prague pour suivre le destin d'un chien d'aveugles, à New York en compagnie d'un promeneur de chien, pour une errance dans les rues de Sarajevo.

Une vision de l'évolution des technologies  (internet à Londres) ou de notre addiction à celles-ci à Tokyo.

On y parle aussi de rupture à Berlin, de faussaire à Bruxelles, d'amour et de musique à Paris.

Un moment de lecture bien sympathique.  Un grand merci à Dominique et aux éditions Payot-Rivages.

Une jolie phrase

Tous les convives ont un portable pour colonne vertébrale.  Ils ne veulent pas vivre sur la Terre, mais naviguer sur le Web puisque Internet est la charpente sous laquelle ils abritent leurs démons. Avant, les regards de l'homme se tournaient vers les cieux, aujourd'hui, pour trouver des réponses, il pianote sur son clavier, Dieu est dans une machine.

dimanche 11 juin 2017

Martha ou la plus grande joie - Francis Dannemark

Martha ou la plus grande joie

Francis Dannemark



Castor Astral
ISBN 979-10-278-0120-6
15,00 EUR
192 pages
juin 2017

Présentation de l'éditeur




« Martha a perdu de larges pans de sa mémoire à la suite d’un accident. Elle parle peu mais elle voit tout. Et quel sourire ! Au début de l’été, en nous rendant dans un joli village au bord de l’Yonne, nous ignorions qu’une femme âgée allait nous dévoiler son passé et nous plonger dans l’eau froide du nôtre. Pendant ce temps, en Irlande, un vieil écrivain, dont j’étais le traducteur et l’ami, serait accusé de plagiat et disparaîtrait dans la nature.

Mais lorsque je repense à ces journées, j’ai envie de retenir tout ce qu’elles ont eu de tendre, de farfelu et de merveilleux. J’ai envie de parler de la plus grande joie de Martha, qui pourrait bien être aussi la mienne. Et la vôtre. »

De révélations en rencontres, la vie des protagonistes se transforme, faisant place à une grande joie, dans cette comédie dramatique où l’on retrouve la « petite musique » si fluide de l’auteur.

Charte graphique conçue par Florence Boudet et Chloé Poizat.

Mon avis

Martha et son frère Martin (notre narrateur) sont en route vers un petit village de l'Yonne pour y rencontrer Jeanne, une amie de leur père décédé depuis de nombreuses années.

Chemin faisant, ils s'arrêtent au bord de la rivière pour faire une pause et profiter un peu de ce cadre enchanteur.  (Les descriptions sont juste sublimes).

Martha a subi un grave accident domestique il y a deux ans, depuis sa mémoire lui joue des tours et sa santé est fragile.

Impossible de repartir et de rédémarrer la voiture.  C'est la panne !  Hasard, coïncidence, ils vont croiser Septime, un garagiste qui va les emmener au village chez leurs hôtes.

Rencontre providentielle, Septime deviendra leur chauffeur, attentif, serviable, amoureux de la nature, il sera toujours là au bon moment.

Martha et Martin venaient rencontrer Jeanne, une amie de leur père qui a un manuscrit à leur remettre.  C'est une toute vieille dame, charmante, bienveillante qui peu à peu leur racontera sa vie, le lien qu'elle entretenait avec leur père.

Secrets, destinées, amours défuntes ou à venir, Francis Dannemark nous emmène comme toujours à la rencontre de personnages remplis d'humanité.  J'ai eu le sentiment de côtoyer Jeanne, Martha, Septime, même au delà de la lecture.

Une bienveillance, de la joie, de la chaleur humaine, du coeur, c'est ce qui se dégage de ce magnifique récit.  La nature et les animaux y occupent comme souvent une place prépondérante.  La plume est fluide, on vit un moment "hors du temps", tout s'arrête porté par l'authenticité, la fragilité des personnages.  Martha, c'est vraiment la joie qu'elle sème autour d'elle, et c'est ce que l'on éprouve à la lecture de ce court et très beau roman.

Merci Francis, juste un moment de bonheur.

Ma note : ♥♥♥♥♥


Les jolies phrases

Vous savez, il y a un étrange mur invisible entre enfants et parents.  Et les enfants ont besoin de ce mur, ils s'en servent pour grandir.

L'amour, ça n'a pas la même valeur pour tout le monde.  Si tu cherches un bon jour pour être un peu réaliste, c'est aujourd'hui  !  La vie n'est ni noire, ni blanche, elle est souvent grise.

J'étais la pièce à laquelle on tient et qu'on n'a pas envie de perdre mais qu'on ne sait où mettre ...

J'ai connu quelqu'un qui avait eu un accident de voiture.  Après, sa mémoire, c'était comme une radio qui change de longueur d'onde sans prévenir.  Et parfois, il n'y avait que des parasites...

On dit que l'argent et le pouvoir font tourner le monde, pas l'amour.  Peut-être..., mais c'est l'amour qui l'empêche de tourner fou.

Tu ne verras ce côté-ci de la rivière que lorsque tu l'auras traversée et que tu seras de l'autre côté.

Parce que j'ai pensé qu'on est tout seul mais que si quelqu'un vous aime et qu'on l'aime de tout son coeur, on n'est plus seul, et ça, c'est merveilleux.

Ce qui m'avait vraiment touché, c'est ce qu'il disait des mots : "Les mots signifient tout, n'importe quoi et le contraire. C'est le ton qui compte.  C'est la lumière dans les yeux de la personne qui parle et dans ceux de celle qui écoute.  Le grain de la voix.  Une vibration dans l'aire.  La courbe qui dessine la main pendant que les mots filent.  Allez faire passer ça dans un texte...!  Ecrire est un métier affreusement compliqué. (Rire.) Je crois que j'aurais préféré jouer de la cornemuse.  Mais c'est très difficile de raconter une histoire en jouant de la cornemuse.  Comme c'est ça que j'aime, raconter des histoires, alors je continue à les écrire.