dimanche 19 novembre 2017

L'impureté - Larry Tremblay

L'impureté   -   Larry Tremblay

Couverture



Editions Alto
160 pages
Septembre 2016
ISBN : 978-2-89694-244-2
Prix : 21.95 CAD

Présentation de l'éditeur

La romancière à succès Alice Livingston est morte.

Elle laisse derrière elle des lecteurs éplorés, un manuscrit inédit, un fils qui cherche à refaire sa vie le plus loin possible de son père, et son mari Antoine, incapable de pleurer sa mort et qui n’a jamais apprécié son œuvre. Pourtant, le roman posthume de sa femme va le bouleverser et le contraindre à faire face à ses souvenirs. Et inévitablement à ses démons enfouis. Car la fiction parfois tisse entre les lignes une toile vengeresse.



Variation d’une franchise radicale autour de la manipulation des êtres et de la fragilité des idéaux, L’impureté déploie tout l’arsenal de l’auteur de L’orangeraie et du Christ obèse.


Mon avis

Heureuse de retrouver la plume de celui qui m'avait tant enchantée dans "L'orangeraie", Larry Tremblay nous propose quelque chose de totalement différent.

Alice Livingstone, auteur à succès décède tragiquement le 23 décembre 1998. Elle a 44 ans et laisse Antoine, son mari mais aussi le manuscrit de son tout dernier roman à paraître "Le coeur pur".

Antoine va avec la lecture du manuscrit se replonger dans ses jeunes années, il va revivre sa jeunesse, sa rencontre avec Alice, son ami de collège Félix Maltais au destin particulier.

Je ne vous dirai pas grand chose de plus si ce n'est que l'auteur nous emmène ici à réfléchir aux relations de couple, à la pureté des sentiments.

Antoine est prof de philo et il ne croit pas que la pureté des sentiments existe, il est cynique, machiavélique, il veut démontrer à tout prix que l'amour pur n'existe pas.  Larry Tremblay analyse avec nous le tréfonds de l'âme humaine, la cruauté de l'être.

C'est un roman dans le roman qu'il nous propose. La mécanique de ce récit est bien huilée, c'est savamment construit.  La structure de ce court roman est un véritable piège qui se referme sur le lecteur.  Quelle claque !  Bravo Monsieur Tremblay vous m'avez bien embarquée.

C'est vraiment très beau, cela se lit d'une traite. Il y a de belles références littéraires.  Découvrez-le vous ne serez pas déçu.

Ma note : 9/10

Les jolies phrases

C'est comme pour la musique.  Est-ce qu'on doit expliquer, est-ce qu'on doit comprendre la musique ? Non.  La musique, c'est ce qui ressemble le plus au coeur de Tchich Quang Duc.  Quelque chose qui agit dans tout l'univers sans qu'on puisse l'expliquer ou le comprendre, tu saisis ?

Un personnage de roman ne possédera jamais la densité de n'importe quel être vivant.  La vie, c'est le mystère à l'état pur.  On ne peut pas aller plus loin.  Le reste, vous comprenez, c'est un peu comme de la poussière soulevée par le vent.

Moi, si j'ai un enfant , je serai son nid et aussi le ciel où il déploiera ses ailes.

L'éternité a toujours existé. C'est le temps qui est venu après.  Le temps, ça ne dure pas.  Le temps, c'est l'enfant de l'éternité.

Je te parle de la pureté du coeur.  Une force qu'on ne peut pas expliquer, qui se trouve en chacun de nous mais que très peu d'entre nous utilisent.  Un amour détaché de tout désir : c'est ça, pour moi, la pureté du coeur.


L'homme n'est ni le début ni la fin de toutes choses.  L'homme est apparu, va disparaître, l'univers ne va pas pour autant cesser d'exister.  Quelque chose est supérieur à l'homme, ne serait-ce que la lumière dont la vitesse ne peut être dépassée.

Les mots ne sont jamais innocents.  Ils cachent des intentions secrètes qui orientent l'attention du lecteur, suscitent en lui des images, éveillent des désirs, engendrent des besoins.

La question est : qu'est-ce que l'être humain quand il perd son humanité, quand il détruit ce qu'il aime le plus au monde, quand il ne sait pas pourquoi il le fait ?

Du même auteur j'ai beaucoup aimé :


L'orangeraie - Larry Tremblay - Folio




samedi 18 novembre 2017

Une fille, dans la jungle - Delphine Coulin ♥

Une fille, dans la jungle   -   Delphine Coulin



Grasset
Parution : 23/08/2017
Pages : 240
Prix : 18.00 €
Prix du livre numérique: 12.99 €
EAN : 9782246814344


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Présentation de l'éditeur

« Cela ressemblait moins que jamais à une jungle, ou alors une jungle froide, de bois et de boue, avec des animaux crottés, et des monstres de métal au loin, sous le crachin. Pas le genre qui fait rêver, avec les perroquets et les feuilles vertes et grasses, où on transpire dans une odeur d’humus. Une jungle du pauvre. Ici, il n’y avait pas un arbre, pas une feuille, pas de chaleur. Et aujourd’hui, c’était silencieux. Cette jungle qui avait été un chaos où des milliers de personnes vivaient, mangeaient, parlaient, se battaient, était devenue un désert, où ils étaient seuls, tous les six.
Six enfants et adolescents dans une ambiance de fin du monde. »

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Delphine Coulin nous en parle



Mon avis

L'action se déroule à l'automne 2016 lors du démantèlement de la jungle de Calais.  On propose aux  plus de six mille occupants de prendre des bus pour être répartis dans différents centres.  La jungle est détruite et ressemble à un grand terrain de boue, il fait froid, il n'y a plus rien si ce n'est que six enfants déterminés à regagner l'Angleterre.

Six prénoms, ceux de Hawa, Milad, Ali, Ibrahim, Elira et Sawad.  Six ados dont nous allons suivre l'histoire, qui ont traversé le monde dans l'espoir d'une vie meilleure.  Ils ont tout connu : la crasse, la violence, le rejet, l'indifférence, ils sont devenus des ombres.... Ils ont  appris à voler, à se prostituer, ils vivent dans des conditions insoutenables, inhumaines dans l'espoir d'un monde meilleur.

Le sujet est difficile, la lecture très dure par moment c'est vrai mais ce n'est rien par rapport à ce que des milliers de gens, d'enfants en particulier vivent au quotidien.  Alors "Bordel de merde" , les amis, il est temps d'ouvrir les yeux, d'ouvrir nos coeurs et de changer nos comportements car les monstres, c'est nous, c'est l'humain qui refusant de voir et de comprendre devient de plus en plus INHUMAIN.


Ils ont tout perdu au péril de leur vie parce qu'ils ne sont pas nés du bon côté de la planète, et c'est plus dur à lire encore car on parle d'enfants.

Calais, le démantèlement de la jungle, du plus gros bidonville européen, ou ne peuvent que survivre les animaux....   Conditions de vie insupportables, innommables ; crasse, vermine, manque d'hygiène, de nourriture, de sécurité, le manque de tout qui pousse à des comportements illégaux tout simplement parce que nous ne voulons pas voir la réalité en face et voir qu'il ne s'agit pas de chiffres, de statistiques mais d'êtres humains.

Delphine Coulin m'a touchée, émue par le destin de ces enfants.  C'est bien documenté, réaliste, emphatique et malgré la dureté de la réalité , le récit est lumineux.


Un récit à lire et à partager dans l'espoir de changer nos mentalités.

Un coup de coeur.

Merci aux éditions Grasset et à Netgalley pour cette belle découverte.


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Les jolies phrases

Elle n'avait plus rien, mais elle croyait au groupe.

Hawa était là depuis neuf mois, Elira, depuis presque un an.  Les quatre garçons, tous afghans, étaient eux aussi arrivés dans la jungle au début de l'année.  Ils vivaient au milieu des six mille hommes et femmes venus d'Albanie, d'Ethiopie, d'Erythrée, d'Afghanistan, d' Egypte, d'Iran, du Koweït, de Syrie, du Vietnam, dans ce qui était devenu une ville.  Aller d'un bout à l'autre du camp revenait à faire le tour du monde.

Un voyage au bout de la crasse, dans le plus grand bidonville d'Europe.

L'enjeu était énorme : elle n'était pas arrivée jusqu'ici en risquant sa vie pour tout perdre du jour au lendemain à cause d'une mauvaise décision.

A force de les considérer comme des bêtes, ceux qui les détestaient les forçaient à devenir des bêtes - pour pouvoir les détester encore plus.


Jawad a insisté, c'était leur jungle.  Seuls les animaux vivent dans la jungle, a dit Milad.

Parfois ils avaient encore leurs parents, qui les avaient poussés à partir malgré le danger, parce que le risque à rester leur semblait plus grand et que tout ce qu'ils voulaient, c'était que leur enfant vive, quitte à en être séparés.  

Jawad s'est dit que s'il était né de ce côté du monde, il aurait eu droit à cette vie.  Les enfants, avant de naître, auraient dû pouvoir choisir l'endroit et la famille où ils souhaitaient vivre.

La poursuite d'une vie meilleur avait un prix, celui de la déception.

Chacun essayait de survivre avec ses propres moyens jusqu'à ce que son cerveau lui-même le protège en le faisant verser  dans la folie pour lui éviter trop de douleur.

Tant que la peur irradierait le monde, les hommes ne seraient plus des hommes.

Leur enfance était leur territoire commun, le seul pays qui leur appartenait.



Sur le même thème je vous conseille :  (mon avis en cliquant sur la couverture)


Éditions des Équateurs - L'opticien de Lampedusa - Emma-Jane Kirby  Résultat de recherche d'images pour "patricia damas"


lundi 13 novembre 2017

Air Sol - Greg Thorez

Air Sol   

Greg Thorez

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Editions du Perchoir
ISBN : 978-2-9814975-1-2
22.50 CAD
4,49 € Disponible sur iPad, iPhone et sur Mac.
Sortie : 3 oct. 2015
Pages : 235



Présentation de l'éditeur



Arnold Archambault n’est pas superstitieux. Son avion décolle de Sydney le vendredi treize avril, et alors ?
Il sait pourtant qu’en traversant le Pacifique, il va croiser la ligne internationale de changement de date. Ce n’est donc pas un, mais deux vendredis treize qu’il passera à bord de cet avion. Certains auraient sans doute préféré décaler leur voyage, mais Arnold, lui, trouve cela plutôt amusant. Ainsi, l’esprit léger, heureux de rentrer chez lui, Arnold s’assoupit peu après le repas, espérant dormir le plus longtemps possible et ne se réveiller que peu avant l’atterrissage à Los Angeles.
Malheureusement, à son réveil, il ne tarde pas à se rendre compte qu’il a espéré en vain. En effet, à sa grande surprise, il n'est encore qu’au tout début du vol. Pour être tout à fait exact, on pourrait même dire qu'il est à nouveau au début de son vol.
Quand les hôtesses se mettent à servir le même repas qu'avant sa sieste, Arnold devient de plus en plus inquiet. Mais quand, autour de lui, les mêmes personnes reproduisent les mêmes actes et prononcent les mêmes paroles, il n'est plus possible de douter : il se passe vraiment quelque chose d'étrange.
Doublement prisonnier de l'avion et du temps, que pourra faire Arnold pour s'échapper de cet enfer?


L'auteur





Né en France, Greg Thorez a vécu en Angleterre ainsi qu'à Montréal. Il réside maintenant à Rimouski, avec sa conjointe et ses trois enfants.
Après une carrière en gestion de projet à l'international, il accueille maintenant des voyageurs dans son gîte touristique et est également chauffeur d'autobus scolaire.

Son premier roman, Air Sol, a été publié en 2014.
Les terroristes est son deuxième roman.


Mon avis

Arnold Archambault embarque à Sydney à bord d'un vol de la compagnie Air Sol, il s'apprète à vivre un long vol car il va traverser la planète pour rentrer chez lui à Montréal.  Nous sommes le vendredi 13 avril, il est 13h04 lorsqu'il ouvre les yeux réveillé par l'odeur de la nourriture réchauffée.  Les repas vont bientôt être servis, ils sont partis depuis à peine deux heures.  Le vol sera encore long.  Il s'endort.  Lorsqu'il se réveille, il a comme une sensation de "déjà vu", l'odeur de la nourriture, l'hôtesse qui s'adresse à lui, ses voisins ...  Un incident de la veille se renouvelle, une jolie brune qui n'arrive pas à ouvrir la porte des toilettes.... comme c'est étrange...

Ce qu'Arnold ignore, c'est que cela va se reproduire encore et encore, le vol risque d'être le plus long de sa vie car comme dans "Le jour de la marmotte", il est bloqué dans l'espace temps et sa journée se répète sans fin.

Bon, marrant vous allez me dire mais déjà vu ! ...  C'est ce que j'ai pensé à ce stade de la lecture mais c'était sans compter l'imagination débordante de l'auteur... car Arnold Archambault va peu à peu essayer de maîtriser l'histoire, rester éveillé à tout prix pour prendre le second vol à Los Angeles et sortir de cet avion qui l'emprisonne.   Il s'intéressera à la jolie brune, Mélisssa et l'entraînera bien malgré lui dans ses aventures.

Je n'ai pas envie de vous en dire plus, c'est cocasse, plein d'humour, cela m'a fait rire. C'est un peu métaphysique, surréaliste... il faut vous dire qu'avant de s'installer au Québec, l'auteur originaire du Nord de la France était voisin de mon pays, celui du surréalisme !

Et puis, avec humour, Greg Thorez nous fait aussi réfléchir sur la nature de l'Homme, sur ses comportements.

J'ai vraiment passé un super moment, merci Greg pour ce beau cadeau.  Ah oui, je ne vous ai pas dit, la belle rencontre avec cet auteur a commencé en vacances l'été 2016, nous étions chez lui en chambre d'hôtes près de Rimouski.

Ceci est son premier roman rempli d'humour, c'est fluide et très agréable à lire.  Je vous avais déjà parlé du second "Les terroristes" l'an dernier.  Vous pouvez retrouver mon billet en cliquant sur la couverture du bouquin.

Ma note :  9/10

Du même auteur je vous suggère :







Si vous avez envie de rencontrer l'auteur, pourquoi ne pas passer quelques jours chez lui, c'est possible et c'est super sympa.  Je ne résiste pas à vous partager son site.

Domaine du Perchoir  : http://www.domaineduperchoir.com/


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samedi 11 novembre 2017

Légende d'un dormeur éveillé - Gaëlle Nohant ♥♥♥♥♥



Légende d'un dormeur éveillé        -     Gaëlle Nohant

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Héloïse d'Ormesson
544 PAGES
Prix : 23€
PARU LE 17 AOÛT 2017
ISBN : 978-2-35087-419-7
ILLUSTRATION DE COUVERTURE © LETIZIA GOFFI


Présentation de l'éditeur


Robert Desnos a vécu mille vies – écrivain, critique de cinéma, chroniqueur radio, résistant de la première heure –, sans jamais se départir de sa soif de liberté. Pour raconter l’histoire extraordinaire de ce dormeur éveillé, Gaëlle Nohant épouse ses pas ; comme si elle avait écouté les battements de son cœur, s’était assise aux terrasses des cafés en compagnie d’Éluard ou de García Lorca, avait tressailli aux anathèmes d’André Breton, fumé l’opium avec Yvonne George, et dansé sur des rythmes endiablés au Bal Blomet aux côtés de Kiki et de Jean-Louis Barrault. S’identifiant à Youki, son grand amour, la romancière accompagne Desnos jusqu’au bout de la nuit.

Légende d’un dormeur éveillé révèle le héros irrésistible derrière le poète et ressuscite une époque incandescente et tumultueuse, des années folles à l’Occupation.


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L'auteur nous en parle




Mon avis

C'est dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire 2017 que j'ai lu ce roman en LC avec ma binôme préférée.  J'avais beaucoup aimé "La part des flammes" et l'envie de suivre la plume de Gaëlle Nohant était grande, je n'ai pas été déçue bien au contraire.

C'est une biographie romancée qu'elle nous propose, celle du poète et résistant Robert Desnos, un homme aux mille vies épris de liberté.

C'est une lecture exigeante, mon rythme de lecture était beaucoup plus lent qu'à l'habitude au début du livre mais c'était nécessaire je pense pour s'imprégner de l'époque, entrer dans l'ambiance et se glisser dans le sillage de Robert Desnos et éprouver le sentiment étrange de vivre avec lui sa vie, ses soirées folles dans Paris.  J'ai vraiment eu le sentiment durant toute la lecture qu'il m'accompagnait, de sentir sa présence auprès de moi.

Quelle vie les amis, ou plutôt devrais-je dire quelles vies incroyables car cette existence était tellement riche en contacts, en amitiés qu'on a le sentiment qu'il en a vécu plusieurs.

On se plonge au coeur des années 20 jusqu'à la fin de l'occupation.  Gaëlle Nohant nous plonge non seulement dans la vie de Robert mais aussi nous conte l'Histoire en majuscule, la situation mondiale, en Espagne, la crise économique, la montée du nationalisme, l'avènement d'Hitler, la guerre..

Avec Robert on va vivre des soirées folles dans Paris, on côtoie les précurseurs du surréalisme Breton, Crevel, Man Ray, Jeanson mais on participe aussi à des discussions intéressantes avec Prévert, Aragon, Rimbaud, Néruda, Eluard, Garcia Lorca, Picasso.  On refait le monde au café des "Deux Magots"...

On vit avec lui le processus de création, ses nouvelles, poésies, romans, théâtre... , toujours ce besoin d'écrire pour vivre, pour être libre.

On vit les tensions avec Breton, sa rencontre avec Deharme qui l'amène à devenir animateur de radio, rédacteur puis chroniqueur dans un journal où la rencontre avec Laubreaux déterminera une partie de sa vie.

Desnos c'est aussi le fêtard, l'amoureux.  Deux femmes dans sa vie Yvonne George une célèbre chanteuse et celle qui sera l'Amour de sa vie, Youki Foujita, muse de Montparnasse, collectionneuse d'hommes mais qui au final découvrira l'amour véritable avec Robert.

Des amis : Foujita, Jean-Louis Barrault, Frankel...  J'ai appris énormément de choses sur cette période sur les personnalités artistiques célèbres qui faisaient partie de son quotidien.  J'ai adoré ces découvertes.

Et puis il y a l'autre facette de l'homme toujours généreux, rendant l'espoir et le sourire dans toutes les circonstances, quelle homme généreux qui prit parti durant l'occupation et devint résistant actif.  Son engagement était total ne supportant pas l'occupation et étant trop épris de liberté.

Peu à peu je suis rentrée dans le récit de sa vie, c'est passionnant, enrichissant.  Je me suis attachée à lui et surtout à Youki qui grâce à lui a appris à aimer pleinement.  Quel amour incroyable, véritable jusqu'à la fin de sa vie.  Que d'émotions et de larmes versées je dois bien l'avouer à la fin du récit.  La plume est magnifique, ponctuée de la poésie de Robert Desnos.  Que de poésie, de passion et d'amour, un choix des mots justes, c'est juste splendide, envoûtant et lumineux.

Je vous invite vivement à découvrir ce très beau coup de coeur. ♥♥♥♥♥


C'est une LC avec Julie voici son billet : ici


Avec Youki


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Les jolies phrases

Pour lui, la vie ne saurait se limiter au jour.  Il y a trop à faire, tant de musiciens à écouter, de vins à boire et d'amis à saluer !

Yvonne. Le y qui ouvre son prénom est le delta ondoyant qui l'aimante et le repousse.  Yvonne est une étoile de mer.  Pour l'aimer, il faut accepter d'être blessé.

L'amour à sa naissance a la cruauté des bêtes sauvages c'est ainsi depuis la nuit des temps.

Yvonne et Youki, les soeurs siamoises qui se partagent son coeur et qu'on ne peut détacher l'une de l'autre sans le déchirer.

Robert n'entend pas limiter sa poésie à un seul support. Pour lui, l'écriture est ce territoire mouvant qui doit se réinventer sans cesse, demeurer une insurrection permanente, une fontaine de lave, des corps joints dans la danse ou l'amour, une voix qui descelle les pierres tombales et proclame que la mort n'existe pas, une expérience sensorielle.

Robert avait rejoint les surréalistes car l'inconscient, le merveilleux et le rêve étaient son territoire de toujours, le seul dont il se sentait un arpenteur légitime.

Robert, ce qui me terrifie le plus, c'est de vivre sans amour.  Je sais que ce n'est pas un remède facile, qu'il peut être balayé au premier souffle... Mais sans amour rien n'a de sens, rien de nous retient, toutes les nuits se ressemblent.


Les coeurs qui ont déjà été brisés redoutent l'amour parce qu'il porte sa fin.  Ils craignent de ne pouvoir endurer ce coup supplémentaire, l'arrachement et la terre brûlée.

Toute oeuvre d'art porte une vision du monde, observe Robert que cette discussion passionne même si les traducteurs peinent à en suivre le rythme.  Les despotes entendent imposer la leur, et nous leur opposons une multiplicité de regards et de points de vue qui leur est odieuse.  Pour eux, il ne peut y avoir qu'une seule vérité, qui devient un catéchisme.  La culture est un enjeu. Quand on permet à ceux qui en sont exclus d'accéder à l'art et à la connaissance, on sème une graine de liberté qui peut les soustraire à la toute-puissance des tyrans.

Il ne chasse plus les mots comme les papillons rares.  Il veut que sa poésie sonne clair comme un chant de révolte, qu'elle s'alimente à un réel de chair et de sang.

La poésie, le théâtre, la peinture et la musique peuvent triompher de la peur et de la haine, créer des ponts entre les hommes.

-On ne peut dompter la nature qu'avec son consentement, répond Seghers avec un grand sourire.  Tous les poètes le savent. 
-Et la nature de l'homme n'est pas de ramper devant les tyrans, murmure Robert.  Sans quoi nos genoux seraient couverts d'écailles ...






Du même auteur j'ai lu pour vous :  (mon billet en cliquant sur la couverture)



La Part des flammes

dimanche 5 novembre 2017

Le brodeur - Bianca Joubert

Le brodeur   -  Bianca Joubert

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Éditions Marchand de feuilles
Parution : 12 septembre 2012
ISBN-13: 978-2923896168



Présentation de l'éditeur

« Dans le dénuement j'ai trouvé l'abondance. » raconte Bianca Joubert parachutée à la lisière du Sahel dans un lieu sans miroirs, fenêtres ou vitrines pour lui rendre son reflet. Elle se retrouvera dans les gestes taciturnes d'un brodeur coincé entre ses croyances et la modernité au creux d'un village où les femmes marchent un enfant au dos, un plateau sur la tête en tricotant. Par delà les nuits où le silence est d'une telle qualité qu'on croirait entendre le scintillement des étoiles leur histoire se déploiera, cousue de malentendus et de non dits. Le brodeur quittera ce pays où il dessine des motifs magiques à l'échancrure des cols, où les sorcières concoctent des potions d'espoir avec des feuilles de baobab pour retrouver l'Occident et ses plantations d'oranges amères. Un livre en sfumato où l'on apprend à lire son avenir dans le profil des dunes.

Bianca Joubert

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Bianca Joubert fait partie des cinq finalistes du Prix du récit Radio-Canada 2016 pour La chasse à la biche, l'histoire de trois jeunes filles et un bébé qui flirtent avec le danger à la frontière des États-Unis et du Mexique. Un texte à l'écriture forte et poignante, dans lequel la douleur est palpable.


Bianca Joubert a grandi dans le Bas-Saint-Laurent et habite Montréal. Auteure, journaliste indépendante, photographe, elle est aussi diplômée en arts visuels et pratique la danse. Elle a remporté le Prix de la nouvelle Radio-Canada en 2008 pour un texte devenu depuis un roman, Le léopard ne se déplace pas sans ses taches – Histoires naturelles, publié en 2016 aux éditions Marchand de feuilles, qui avait déjà publié en 2012 son premier roman, Le brodeur.


Source Radio Canada


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Mon avis

C'est parti pour "Québec en novembre", à la découverte d'auteurs québécois..  Je vous propose de découvrir le premier roman de Bianca Joubert.  J'avais beaucoup aimé le second "Le léopard ne se déplace pas sans ses taches"  lu l'an dernier.   Direction le Sahel, le Burkina Fasso.

La narratrice qui s'adresse à nous à la première personne arrive pour un séjour de coopération dans un village de brousse à Bokin, elle nous emmène avec elle à la rencontre des habitants et des traditions du Sahel.

Le livre se partage en deux parties.  Dans la première, Bianca Joubert nous propose à travers de courts chapitres de nous imprégner de la lumière du Sahel et du village de Bokin, de la générosité des habitants vivant dans un grand dénuement par rapport à notre mode de vie et notre société de consommation, des paysages enchanteurs à la terre rouge craquelée attendant que la pluie tombe.  Elle nous invite à boire un thé autour des cendres du charbon, à regarder la télé avec une quarantaine de villageois tous pressés autour de la boîte magique..

Elle s'imprègne peu à peu du village, de ses habitants, des us et coutumes malgré la barrière de la langue.  Elle nous parle de la polygamie, des femmes, de la religion mais aussi beaucoup de la sorcellerie et des fétiches très présents.

Elle vit au rythme de là-bas, s'intégrant et s'attachant de plus en plus à ce pays où plane encore l'ombre du Président Thomas Sankara assassiné en octobre 1987, il reste le symbole de la jeunesse.

Un homme la charme et la séduit, elle passe beaucoup de temps avec lui, il nous conte son métier, c'est le brodeur.

Dans la seconde partie, la narratrice est de retour au Québec depuis deux ans lorsqu'un messager, Salaam, vient à sa rencontre pour lui raconter son long voyage et l'histoire du brodeur.  Bianca Joubert  apporte ici un regard plus politique, plus journalistique en s'intéressant à l'immigration, à ce qui pousse le peuple à fuir le régime, à la répression et aux assassinats du pouvoir qui a commandité la disparition brutale de Thomas Sankara. aux conditions de voyage et la difficulté de trouver refuge ailleurs. Il faut dire que trente ans plus tard le peuple attend encore la justice.

Avec beaucoup de charme et de poésie, Bianca nous livre ici une écriture claire et lumineuse.  C'est visuel, elle nous propose un vrai voyage.

Un premier roman très réussi.

Ma note : 8.5/10


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Les jolies phrases

L'époque où j'ai appris que les battements du coeur sont la seule vraie mesure du temps.

L'élégance des gens d'ici, malgré le rude travail, la rareté de l'eau, la terre rouge qui vole sous les roues des mobylettes et envahit tout, me fascine.

Je me demande en pédalant si ceux qui n'ont pas de transistor, ne savent pas lire les journaux et côtoient rarement la télévision sont plus à l'abri des catastrophes du monde.

Dans le dénuement, j'ai trouvé l'abondance.  A la différence que je peux, moi, repartir quand je le veux.

Ce qui est inachevé reste pour toujours merveilleux.  Inépuisable.  C'est ce qui m'a pris : l'envie de laisser cet amour sous verre, pour qu'il respire de lui-même, pour ne jamais le perdre dans la lassitude.

La grande traversée qui m'attendait, cette fois, c'était le passage non seulement d'une rive à une autre, mais d'une vie à une autre.


Du même auteur, j'ai lu :  (mon avis en cliquant sur la photo)

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