vendredi 21 juillet 2017

Maudit printemps - Antonio Manzini

Maudit printemps

Antonio Manzini





Denoël
304 pages
155 x 225 mm 
Trad. de l'italien par Samuel Sfez
ISBN : 9782207133705
Collection Sueurs Froides
Parution : 04-05-2017


Présentation de l'éditeur


Chiara Breguet, héritière d’une riche famille d’industriels du Val d’Aoste, étudiante brillante admirée de ses pairs, n’a plus donné de ses nouvelles depuis plusieurs jours. Persuadé que cette disparition est inquiétante, Rocco Schiavone se lance dans une course contre la montre pour sauver la jeune femme et découvrir ce que dissimule la façade impeccable de ce milieu nanti. Pendant ce temps, la neige tombe sur Aoste en plein mois de mai, et cette météo détraquée ne fait qu’exacerber la mauvaise humeur légendaire de Rocco.


L'auteur

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Antonio Manzini, né le 7 août 1964 à Rome, est un acteur, un réalisateur, un scénariste et un écrivain italien. Comme auteur de roman policier, il est notamment connu pour sa série de romans consacrés au commissaire Rocco Schiavone.

Antonio Manzini grandit à  Rome. Il suit les cours de l’Académie nationale d'art dramatique de la ville et débute comme acteur au théâtre.

À la fin des années 1990, après s’être essayé à la réalisation, il prolonge sa carrière d’acteur à la télévision et au cinéma, s’imposant notamment dans plusieurs séries télévisées à succès en Italie. En 2004, il écrit avec Niccolò Ammaniti le scénario du giallo Il siero della vanità d'Alex Infascelli, travail qui marque le début de sa carrière d’écrivain et de scénariste.

Il publie en 2005 son premier roman, Sangue marcio. En 2008, il collabore à nouveau avec Ammaniti pour l’adaptation de son roman Comme Dieu le veut (Come Dio comanda) pour le cinéma qui devient sous la caméra de Gabriele Salvatores le film Come Dio comanda (film) (it). En 2013, il participe à l’écriture du scénario de la comédie I 2 soliti idioti (it) d'Enrico Lando (it). Il signe également plusieurs épisodes de séries télévisées

La même année, il imagine le personnage de Rocco Schiavone dans le roman policier Piste noire (Pista nera). Commissaire (ou sous-préfet) de police à Rome, il est sanctionné et muté à  Champoluc, un village de montagne situé dans la  vallée d'Aoste. Pour sa première enquête, il doit résoudre le meurtre d’un homme inconnu retrouvé écrasé sous une dameuse. Succès critique et public en Italie, ce livre marque le début de plusieurs romans consacrés aux aventures de Schiavone.

En France, ce premier titre est traduit par les éditions Denoël dans la collection Sueurs froides en 2015.

Source Wikipedia

Mon avis

Antonio Manzini est devenu une référence dans son genre en Italie, il cartonne avec plus d'un million de livres vendus.

J'avais lu le premier de la série Piste Noire dont je garde un excellent souvenir.  C'est déjà le troisième opus des enquêtes du sous-préfet "Rocco Scavione".  On retrouve les personnages, son équipe de "bras-cassés" avec plaisir mais je vous rassure il n'est pas indispensable d'avoir lu les précédents.

Une camionnette aux plaques volées sort de route, deux corps sont trouvés.  Rocco Scavione va mener l'enquête.  Entre temps, Giovanna, une amie de Chiara Breguet donne l'alerte de la disparition de celle-ci.  Chiara est fille de riches industriels de la région, Rocco s'inquiète que les parents n'aient rien signalé, c'est suspect ...  Il va mener de front cette enquête.

L'action se situe au Val d'Aoste, petite ville de 40.000 habitants, esprit bien différent de Rome, Rocco l'apprendra bien vite au sujet de sa vie sentimentale.... Tout ce sait, c'est comme un village ici.

Dans cette affaire, tout s'entremêle, dans la narration aussi.  On passe de la vie quotidienne amoureuse de Rocco, aux réflexions émises par les différents protagonistes qui se retrouvent dans le roman.  C'est un peu déstabilisant au départ mais c'est très intéressant comme écriture.  On s'habitue très vite de passer d'un personnage à l'autre, et on trouve rapidement le fil conducteur, les choses se mettent en place.  Le livre est découpé en chapitres qui sont en fait les différents jours de la semaine.

C'est vivant, très dialogué.  Rocco Schavione a ses méthodes bien personnelles pour y arriver, pas toujours très "catholiques" mais il est efficace, il va à l'essentiel.

Suspense, mafia, argent, rebondissements jusqu'au bout, une écriture originale que je vous recommande.

J'ai d'ailleurs une grande envie de rattraper le tome 2 "Froid comme la mort" que j'avais loupé.

Merci aux éditions Denoël de m'avoir proposé cette lecture, j'ai vraiment passé un bon moment.

Ma note  :  9/10

Les jolies phrases

C'est l'absence qui fait mal ? Non.  C'est la perte qui fait mal.  C'est autre chose que l'absence. La perte sait ce qu'elle a perdu.  L'absence, ça peut être une sensation vague, une émotion sans corps et sans son de quelque chose qui manque, que je n'ai pas, mais je ne sais pas ce que c'est.  La perte, c'est ce que j'éprouve, parce que je sais.  Et c'est pire que l'absence.  Car ce que je connaissais, ce que je tenais entre mes doigts n'est plus.  Ne sera plus.  C'est la même différence qu'il y a entre Ray Charles et Stevie Wonder. Stevie est aveugle de naissance, Ray l'est devenu.  Ray sait ce que c'est que de voir, Stevie non.  Ray a éprouvé la perte. Stevie l'absence. Stevie est mieux loti que Ray. J'en mettrais ma main au feu.

- Tu te rappelles cette phrase ?  Le désir d'une personne est immortel.
- Mais si tu le combles, il disparaît. Avec le besoin de cette personne.

Les souvenirs s'en vont, mon amour. Jour après jour. Tu ne t'en aperçois peut-être pas, mais ils s'en vont.  Les beaux comme les terribles.  La nuit les avale, et ils vont se mélanger aux souvenirs des autres. Tu ne les retrouves plus, même si tu essaies.  Jusqu'à ce que tu deviennes toi-même un souvenir.



Dans la même série :

Mon billet en cliquant sur la couverture.


mercredi 19 juillet 2017

No home - Yaa Gaazi

No home    -    Yaa Gyasi



















Calmann Levy
janvier 2017
Traduit par Anne Damour
414 pages
ISBN 978-2-7021-5963-7


Présentation de l'éditeur


Deux soeurs à la destinée bouleversante.
Trois siècles d’histoire.
« Une réussite éclatante. »


Los Angeles Times



XVIIIe siècle, au plus fort de la traite des esclaves. Effia et Esi naissent de la même mère, dans deux villages rivaux du Ghana. La sublime Effi a est mariée de force à un Anglais, le capitaine du Fort de Cape Coast. Leur chambre surplombe les cachots où sont enfermés les captifs qui deviendront esclaves une fois l’océan traversé. Effi a ignore que sa soeur Esi y est emprisonnée, avant d’être expédiée en Amérique où des champs de coton jusqu’à Harlem, ses enfants et petits- enfants seront inlassablement jugés pour la couleur de leur peau. La descendance d’Effia, métissée et éduquée, connaît une autre forme de souffrance : perpétuer sur place le commerce triangulaire familial puis survivre dans un pays meurtri pour des générations.



Navigant brillamment entre Afrique et Amérique, Yaa Gyasi écrit le destin d’une famille à l’arbre généalogique brisé par la cruauté des hommes. Un voyage dans le temps inoubliable.



Roman traduit de l'anglais par Anne Damour.


« Il est impossible de ne pas être en admiration
devant l’ambition et la portée de No Home. »

The New York Times

« No Home a l’envergure de trois siècles entiers.
Chaque chapitre donne l’impression d’un roman miniature. »

New York Magazine

Mon avis

C'est un premier roman qui nous fait remonter le temps.  Deux siècles et demi d'histoire à travers deux branches d'une famille.

Effia et Esi ont les mêmes ancêtres.  Ce sont deux familles noires sur la Côte de l'Or, l'actuel Ghana.

Effia sera mariée à un anglais et ira vivre au fort de Cape Coast occupé par les anglais.  C'est au décès de son père qu'elle apprendra que sa mère n'est pas celle qu'elle croit et l'existence de sa soeur.

Esi est enfermée dans le cachot des femmes du fort depuis deux semaines, elle sera vendue comme esclave.

Nous allons suivre en parallèle le destin des descendants de chaque branche retraçant l'histoire de l'esclavage, l'abolition de celui-ci, les tensions et discordes entre les "ashantis' et les "fantis", l'exode vers la liberté mais lorsque l'on est noir de peau est-on vraiment libre un jour ??

Un très beau premier roman  de Yaa Gyasi salué par la critique américaine, une jolie fresque du combat quotidien mené par ce peuple en recherche de liberté.

Ma note : j'ai beaucoup apprécié mais il m'a manqué un petit "je ne sais quoi" pour être un coup de coeur.    9/10


C'est un gros coup de coeur pour ma binôme Julie des Petites lectures de Scarlett, son billet se trouve ici




Les jolies phrases

Et dans mon village, il y a un dicton sur les soeurs séparées.  Elles sont comme une femme et son reflet, condamnées à rester sur les rives opposées de l'étang.

Les Ashantis avaient le pouvoir de capturer des esclaves.  Les Fantis avaient la garantie d'en faire le commerce.

Au moins, quand il était esclave, son maître avait besoin de le maintenir en vie s'il voulait en avoir pour son argent; aujourd'hui, si H mourait, ils se borneraient à louer un autre homme.  Une mule valait plus que lui.

Tu veux savoir ce qu'est la faiblesse ? C'est de traiter quelqu'un comme s'il t'appartenait.  La force est de savoir qu'il n'appartient qu'à lui même.

Si au moment de faire quelque chose, tout te paraît clair, si tu es certaine, alors pourquoi regretter plus tard ?



mardi 18 juillet 2017

Les beaux étés Tome 3 - Jordi Lafèvre et Zidrou

Les beaux étés

3. Mam'zelle Estérel      -  Zidrou & Jordi Lafebre





Dargaud
Dessinateur : LAFEBRE JORDI
Scénariste : ZIDROU
Coloriste : LAFEBRE JORDI
56 pages
EAN. 9782505067764
Prix : 13.99 €

Présentation de l'éditeur


1992, les années ont passé, le jeune couple est maintenant à la retraite, la petite Pépète est devenue une jeune fille et la 4L est à vendre... L'occasion de se remémorer l'année 1962, leurs toutes premières vacances à son bord en compagnie... des beaux-parents. Les vacances avec Yvette-la-parfaite et Gros-Papy seront plus gastronomiques que bucoliques... en direction de Saint-Étienne !

Mon avis

Oh que j'aime me replonger dans le passé avec cette série, bien que née un peu plus tard que l'album, je me suis replongée dans mon enfance, les départs en vacances en rouge Estérel, si si comme dans l'album. ☺

Zidrou nous emmène en vacances avec les beaux-parents, adieu rêve de camping , pique-nique et découvertes, ce sera Saint-Etienne et les adresses de l'incontournable guide Michelin.

Beaucoup d'humour, un joli graphisme de Jordi Lafèbre, j'adore cette série, sourire garanti.


J'attends déjà le suivant qui nous emmènera en 1980.

Ma note : 9/10


Une jolie phrase

Vieillir c'est comme conduire une voiture, on a beau regarder la route devant soi, on ne peut s'empêcher de zieuter tout le temps dans le rétroviseur.

dimanche 16 juillet 2017

La renverse - Olivier Adam

Dans le cadre du prix des lecteurs de J'ai Lu - Page des libraires


La renverse  -  Olivier Adam



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Flammarion
J'ai lu
Parution : 06/01/2016
Nb pages: 268
Isin 9782081375956
Prix: 19,00 €


Présentation de l'éditeur


"Ce n'est qu'au moment d'entrer dans le bar-tabac que la nouvelle m'a vraiment heurté, qu'elle a commencé à filer le tissus du drap que je tendais depuis des années sur cette partie de ma vie. J'ai demandé deux paquets de cigarettes, salué les habitués du plat du jour. Au-dessus des tables, un téléviseur s'allumait sur une chaîne d'information en continu. A l'instant où j'y posé les yeux, le visage éminemment télégénique de Jean-François Laborde s'est figé sur l'écran. J'ai demandé qu'on augmente le volume. On annonçait son décès dans un accident de voiture. Suivait un rappel succinct de sa biographie. Fugacement, la pensée, absurde étant donné le temps accordé à l'information, qu'il n'avait pas été fait mention de ma mère m'a traversé l'esprit."


Dans La renverse, Olivier Adam retrace l'itinéraire d'Antoine, dont la vie s'est jusqu'à présent écrite à l'ombre du scandale public qui a éclaboussé sa famille quand il était encore adolescent. Et ce faisant, il nous livre un grand roman sur l'impunité et l'humiliation, explorées au sein de la famille comme dans l'univers politique.

Mon avis

Antoine est libraire en Bretagne.  Il a coupé les ponts avec sa famille il y a une dizaine d'années.  Un jour dans un bistrot il apprend par la radio le décès accidentel de Jean-François Laborde, un ancien ministre et sénateur, et les digues craquent, les souvenirs remontent à la surface.

Il éprouvera le besoin de faire face à ce qu'il fuit depuis si longtemps et prendra la route pour assister à l'enterrement.  Il se souvient.

Son père, autoritaire, froid, rigide, sans aucun geste ou parole tendre à son égard.

Sa mère : Cécile Brunet, mère de famille exemplaire, jolie, tirée à quatre épingles qui subitement fut projetée adjointe aux affaires scolaires.  Elle était parvenue notable, collaboratrice de premier choix de Laborde, maire à l'époque mais aussi son amant.

Son frère Camille.  Son ami Nicolas et sa famille chaleureuse et accueillante auprès desquels il trouvait refuge.

Arriva le scandale politico sexuel; viol et agression sexuelle,  objet de l'accusation de Laborde et de sa mère.


Le déni complet pour lui, la fuite pour son frère.  La rencontre avec Laetitia la fille de Laborde. L'attente de leur mère à la maison, l'ignorance et le désintérêt de ses parents à leur égard.

Une situation lourde à porter, enfuie au fond de lui.

Des questions : mais qui était vraiment sa mère ?, le sentiment de trahison, la haine, la manipulation. Une descente au plus profond de la nature humaine, à la recherche de soi, de comment on se construit dans l'ombre de ses parents sont des thèmes abordés par Olivier Adam.

J'ai apprécié cette lecture, ce livre était dans ma PAL depuis sa sortie, la plume d'Olivier Adam est sombre, crue par moment, tourmentée.  Une réserve cependant, j'ai trouvé le récit assez inégal.

Ma note : 7.5/10

Les jolies phrases

Tu es comme la mer.  Une présence opaque et silencieuse.

La vie recommençait mais c'était une vie plus désincarnée encore qu'elle ne l'avait jamais été, une vie sur pilotage automatique.

Aujourd'hui bien sûr, je me dis que c'est mon frère que j'aurais dû tenter de protéger ainsi, et le remords de ne pas l'avoir rejoint cet été-là demeure une plaie ouverte, une honte qui me défigure et me retient de tout à fait pouvoir me regarder en face.

Quel enfant étais-je, quel fils étais-je pour haïr ainsi mes parents, les déclarer coupables, les condamner et les fuir ?

J'ai eu beau tenter de les enterrer sous des tonnes de déni, ces pensées n'en finissent pas de me poursuivre.

Nous n'avons jamais compté.  On ne nous a jamais laissé de place.  Et le peu que nous avons pris nous a été dénié.  C'était ça, grandir auprès de mes parents.



samedi 8 juillet 2017

L'ombre de nos nuits - Gaëlle Josse

Dans le cadre du prix des lecteurs de J'ai Lu  - Page des libraires

C'était mon préféré et c'est le gagnant du prix ☺



L'ombre de nos nuits  -  Gaëlle Josse


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Les éditions Noir sur Blanc
Notabilia
Date de parution : 07/01/2016
Format : 12,8 x 20 cm
192 p.
15,00 EUR
ISBN 978-2-88250-401-2

Présentation de l'éditeur

Deux récits se dessinent dans L’ombre de nos nuits, avec au centre un tableau de Georges de La Tour. En 1639, plongé dans les tourments de la guerre de Trente Ans en Lorraine, le peintre crée son Saint Sébastien soigné par Irène. De nos jours, une femme, dont nous ne saurons pas le nom, déambule dans un musée et se trouve saisie par la tendresse et la compassion qui se dégagent de l’attitude d’Irène dans la toile. Elle va alors revivre son histoire avec un homme qu’elle a aimé, jusque dans tous ses errements, et lui adresser enfin les mots qu’elle n’a jamais pu lui dire. Que cherche-t-on qui se dérobe constamment derrière le désir et la passion ?
 
En croisant ces histoires qui se chevauchent et se complètent dans l’entrelacement de deux époques, Gaëlle Josse met au cœur de son roman l’aveuglement amoureux et ses jeux d’ombre qui varient à l’infini.

Après le succès du Dernier gardien d’Ellis Island, prix de littérature de l’Union européenne 2015, Gaëlle Josse poursuit avec ce cinquième roman son exploration des mystères que recèle le cœur.


Gaëlle Josse nous en parle



 

Mon avis

C'est un roman à trois voix que nous propose Gaëlle Josse autour du tableau de Georges de la Tour  "San Sébastien soigné par Irène".  Ce tableau sera l'élément central du récit.

Tour à tour trois personnages vont s'exprimer, on voyage dans le temps et dans l'espace.

- A Lunnéville, en Lorraine en 1639, on assiste à la création du tableau "San Sébastien soigné par Irène"

  • Georges de la Tour nous parle, il imagine la création de son tableau, le choix avec soin de ses personnages, la mise en place de sa composition.  Irène sera incarnée par sa fille Claude.  On assiste à la naissance de cette oeuvre à qui il réservera un grand destin.  Avec minutie, précision il donnera tout pour trouver la perfection dans son tableau.

  • Laurent, son apprenti - un orphelin recueilli par le maître suite aux ravages de la peste et de la guerre des 100 ans - s'exprimera également.  Il est l'assistant du maître, admiratif du travail de celui-ci, il est humble, doué.  Il nous décrira à merveille son amour pour la peinture, son admiration sans limite pour de la Tour, le don de soi et la passion de son maître.  Il décrit avec justesse la beauté douloureuse de Claude incarnant Irène dont il est éperdument amoureux.  Il souffre en silence de cet amour n'étant pas de la même classe sociale qu'Irène.  Il nous décrit avec justesse ses tourments, ses blessures.  Il devra faire des choix.  Il est dans l'ombre, elle est dans la lumière.
- Rouen, en 2014, une jeune femme est fascinée des siècles plus tard par ce tableau, cette lumière qui jaillit de l'ombre.  Elle se plonge dans ses souvenirs, dans sa douleur, ses amours difficiles.  

J'ai souvent posé le livre pour me plonger à mon tour dans ce tableau où le regard d'Irène incarne tant l'amour, la sollicitude, la compassion et nous montre tant la beauté douloureuse de la passion.  

Ce roman met en lumière la fascination devant le tableau ; cette lumière qui transparaît au milieu de l'ombre, comme nos espoirs au milieu de nos tourments.  La bienveillance, l'amour et la sollicitude du regard d'Irène m'ont procuré de belles émotions à la lecture.

Les trois voix s'entrecroisent au fil des pages, nous questionnent sur l'aveuglement amoureux, sur notre place dans notre vie.  

Très très bon moment de lecture.

Ma note : 9.5/10



Les jolies phrases


Elle dit que le Maître sait peindre le silence.

La capacité d'oublier est peut-être le cadeau le plus précieux que les dieux ont fait aux hommes.  C'est l'oubli qui nous sauve, sans quoi la vie n'est pas supportable.

Les livres savent des choses que nous ignorons.

Je reconnais que l'immobilité absolue est une chose exténuante, proche de l'impossible.

Notre monde est un théâtre agité, mouvant, fait d'appétits désordonnés et de désirs inavouables.  Le malheur y règne en maître.

Nous trichons en paroles, rarement en gestes.

Elle n'est que beauté et son âme est à l'image de ses traits.

Tu aimais la nuit.  Comme si ses ombres absorbaient les tiennes et te permettaient de les oublier.

C'est la vision intérieure du peintre, au-delà de sa technique, qui donne toute sa force à un sujet.

Il faut savoir écouter les rêves, ils tentent de nous éclairer sur nos désirs les plus secrets.

La main, le geste, le visage. Tout ce que je peins tient là, dans cette mystérieuse trinité.

Etre quittée, c'est un risque consenti au premier regard.  Mais partir, c'était autre chose.

Croire en l'autre suppose l'abandon de nos résistances, de notre défiance.  Don total qu'on veut croire réciproque.

Ce qui se passe au profond de nos âmes est souvent noir comme la nuit, comme celle qui sert de fond à mes compositions, lorsque nulle lueur ne les atteint.

mercredi 5 juillet 2017

Le vieux saltimbanque - Jim Harrison

Dans le cadre du prix des lecteurs de J'ai Lu - Page des libraires

Le vieux saltimbanque        -   Jim Harrison

LE VIEUX SALTIMBANQUE

Flammarion
Traduit par
Parution septembre 2016
ISBN978-2-08-131310
Nombre de pages144
PRIX : 15 €



Résumé 

Dans ce dernier livre publié moins d'un mois avant sa mort, Jim Harrison a choisi de poursuivre ses mémoires sous la forme d'un texte à la troisième personne pour "échapper à l'illusion de réalité propre à l'autobiographie". Souvenirs d'enfance, découverte de la poésie, mariage, amour de la nature, célébration des plaisirs de la chair et de la table, alcools et paradis artificiels, Jim Harrison tisse le roman d'une vie.
Véritable testament littéraire, Le Vieux Saltimbanque est à l'image de Big Jim : plus libre et provocateur que jamais, plus touchant aussi, en marge de toutes les conventions.


Mon avis

Découverte pour moi de la plume de Jim Harrisson et je n'en sors pas vraiment enchantée !

Il nous présente ici peu de temps avant sa mort, une autobiographie écrite à la troisième personne. Un texte un peu décousu à mon sens manquant de chronologie, on voyage dans le temps à différentes époques de sa vie.

Il nous parle de son enfance, de manques ; la perte de son oeil et  le départ prématuré de son père et de sa soeur décédés tous deux dans un accident de voiture.  Il avait dix-neuf ans à l'époque et c'est la rage accumulée en lui qui lui a donné l'envie de devenir écrivain.

Jim Harrison était un sacré personnage, hanté par un rêve de vieux saltimbanque... Il aimait la nature, les animaux et paradoxe aussi la chasse et la pêche.  Il nous raconte son amour pour sa truie qu'il considérait comme un animal de compagnie !

Très belles descriptions de la nature mais trop de narration à mon goût passant du coq à l'âne sans transition à différentes périodes de sa vie.  J'avoue m'être parfois perdue dans le récit.

Un peu saoulée si vous me permettez l'expression, lui qui aimait tant l'alcool, les femmes et le sexe.

Un bilan sur sa vie à 70 ans préoccupé surtout par sa perte de libido.

Un grand poète et romancier aimant la France qui le lui rendait bien.  Un être au rapport difficile avec l'argent, brûlant la corde par les deux bouts, écrivant des scénarios pour Hollywood et enseignant la littérature pour vivre.

Je n'ai malheureusement pas été séduite, l'impression d'être passée à côté.

Ma note : 6/10

Les jolies phrases

Le sexe est le plus puissant despote qui règne sur nos vies.

Si tu es nul, pourquoi t'en prendre à autrui ?

Il médita longuement sur la vanité masculine et le besoin de prolonger ces illusions viriles quitte à jeter toute crédibilité aux orties.

Nous vivons tous dans le couloir de la mort, occupant les cellules de notre propre conception.  Certains, reprochant au monde leur condition déplorable, ne seraient pas d'accord.  Nous naissons libres, mais l'homme est enchaîné.

lundi 3 juillet 2017

Ils ont rejoint mon Himalaya à lire

Ils ont rejoint mon Himalaya à lire




Trois achats et 2 SP en plus dans mon Himalaya à lire.

Le 15 juin dernier était organisée une rencontre littéraire avec Akli Tadjer, un chouette moment, le plaisir de revoir Akli et bien entendu la tentation de découvrir un peu plus sa jolie plume.

Sous le charme de "La meilleure façon de s'aimer"  que je vous conseille vivement, voici le lien vers mon billet, ici

J'ai craqué pour :

Les thermes du Paradis   -   Akli Tadjer

Les Thermes du Paradis



JC Lattès
EAN : 9782709638166
Parution : 26/02/2014
314 pages
18.00 €

Présentation de l'éditeur

Adèle Reverdy est une jeune femme pleine de complexes et, pour comble de malheur, les hommes la fuient dès qu’elle avoue son métier de croque-morts.

Mais sa vie va changer le jour de ses trente ans. Parmi les invités venus à la fête organisée par sa sœur, il y a Léo, ancien trapéziste devenu aveugle à la suite d’un accident puis masseur aux Thermes du Paradis. Un soleil noir dans la vie d’Adèle qui, aidée de sa meilleure amie Leila, talentueuse thanatopractrice, va tout faire pour conquérir le cœur de Léo.

Un roman plein d’humour et de tendresse où l’on découvre que l’on ne voit bien qu’avec le cœur et que l’essentiel est invisible pour les yeux.

mais aussi pour son dernier :

La reine du tango     -     Akli Tadjer

La reine du tango

JC Lattès
EAN : 9782709647533
Parution : 09/03/2016
250 pages
18.00 €

Présentation de l'éditeur


Suzanne a grandi seule avec sa mère, La Reine du tango, une danseuse magnifique qui a connu tous les succès, toutes les gloires. Disparue trop jeune, elle a laissé à sa fille sa passion de la danse, des souvenirs éblouissants et une peur immense de l’abandon. De cette enfance, Suzanne n’a gardé que le tango qu’elle enseigne sans oser le danser, et un vieil ami de sa mère, qui s’éteint à l’hôpital.
Pour vivre pleinement et enfin danser comme la Reine du tango, Suzanne doit retrouver les clés de cette enfance, comprendre qui était sa mère, apaiser ses peurs et surtout rencontrer un homme capable d’être son partenaire dans la vie et sur scène.
Lorsqu’elle croise Yan, un petit voleur, elle est prête à tout.

La Reine du Tango est un conte moderne, d’humour et de mélancolie où l’on découvre que le tango est plus qu’une passion, une addiction.

J'avais adoré et j'en garde encore la saveur "La saison des mangues" son premier roman dont mon billet se trouve ici, je n'ai pu résister :

Passages du désir   -   Cécile Huguenin

eho-huguenin3c

Editions Héloïse d'Ormesson
224 PAGES
Prix :  19€
Parution : 01/06/2017
ISBN : 978-2-35087-415-9

Présentation de l'éditeur

Quand Titus, jeune homme insouciant, apprend au hasard d’un flash info la disparition de Clara Davidson, il décide sur un coup de tête de se lancer à sa recherche. Veuve d’un célèbre couturier, Clara a ouvert à Zanzibar une maison d’hôtes pour une clientèle essentiellement féminine. Il s’embarque alors dans une épopée sensuelle, au cœur de l’océan Indien, où il découvre que le désir peut se conjuguer au pluriel…

Mélange de pudeur et d’audace, ce voyage initiatique dévoile les mystères du plaisir féminin après soixante ans et prouve que l’exploration des corps réserve encore bien des surprises.

Une surprise d'Actes Sud, actes noirs que je remercie

Les lions sont morts    -   Mick Herron

Les lions sont morts

Actes Sud
Actes noirs
Juin, 2017
352 pages
traduit de l'anglais par : Samuel SFEZ
ISBN 978-2-330-07828-7
prix indicatif : 22, 80€

Présentation de l'éditeur


À le voir, on a du mal à comprendre pourquoi on a bien pu assassiner Dickie Bowe. Mais espion un jour, espion toujours. Dickie ne paie peut-être plus de mine, mais c’est un vieux briscard du renseignement, qui a fait ses armes dans le Berlin des grandes années, où il s’est montré un agent hors pair en son temps. Une ombre, attachée à ceux qu’elle suivait pour mieux en percer les secrets. On vient de le retrouver mort dans un bus.

Jackson Lamb connaissait bien Dickie, ils étaient en poste en Allemagne de l’Est au même moment. Et justement, le téléphone de Dickie, que Lamb a discrètement récupéré, livre un élément troublant : des agents russes pourraient bien être en train de monter une opé à l’ancienne, comme à la grande époque, en plein Londres. À la Maison des tocards, purgatoire des services secrets de Sa Majesté pour agents placardisés, l’équipe de Jackson Lamb va enfin retrouver le feu de l’action.


Deuxième volet d’une série initiée avec La Maison des tocards, Les lions sont morts a obtenu le Gold Dagger Award de la Crime Writers’ Association et été élu polar de l’année par le Times. Sans gadgets ni clichés, Mick Herron y régénère avec brio le roman d’espionnage.

et pour terminer, une découverte.  Je remercie Christophe Maris et les éditions Pierre Philippe.

Il fera jour ce soir   -   Christophe Maris


Editions Pierre Philippe
210 pages
ISBN : 9782940602025
Prix : 18 euros TTC

Présentation de l'éditeur


Anna Schönberg, jeune étudiante en lettres, promise à une brillante carrière, vient de se suicider. Un fait qui aurait pu être vite classé et oublié, si Christelle Lecarrer, jeune commissaire de police, pugnace, agile et gracile n'avait pas décidé d'enquêter. Des éléments s'opposent et ne cadrent pas, aussi Lecarrer ne va pas hésiter à fouiller dans les profondeurs du passé, derrière les non-dits des uns des autres afin de rétablir une vérité qu'elle redoute.

Les personnages sont troubles et le jeu de piste dessine un univers sordide pour ne pas dire innommable. Quel était donc le lourd secret d'Anna ? Et cet oxymore « Il fera jour ce soir » qu'elle laisse à son bien aimé ?

 Dans ce roman, Christophe MARIS se joue de toute complaisance et déjoue les codes de la bonne société, jongle avec les non-dits et renvoie le lecteur aux faces cachées de la Shoah. Des allers-retours entre passé et présent pour regarder l'avenir avec plus de sagesse.

vendredi 30 juin 2017

Bilan de lecture de juin

Bilan de lecture de juin

Sous le soleil exactement, c'était juin, le retour de l'été  ♥

Un mois lecture mais avec de belles découvertes littéraires, une rencontre avec Akli Tadjer , souvenez-vous j'avais adoré "La meilleure façon de s'aimer" , il faisait une escale littéraire au Novotel de Bruxelles.  Un super moment.

J'ai aussi eu la chance et l'immense joie d'animer une rencontre avec Geneviève Damas à la librairie La Licorne que je remercie, un super moment autour de son dernier roman Patricia.

Voici mes lectures, comme chaque fois, si mon papier est publié, il suffit de cliquer sur la photo pour y avoir accès.

Bel été à vous.


Du belge pour commencer ☺, le dernier opus de Francis Dannemark





J'adore Peter May, dans la série "Assassins sans visages"




Un thème brûlant d'actualité, les migrants mais un regard bienveillant, avec de l'espoir



Un magnifique premier roman,  merci à Nath,  ma copine parisienne de m'en avoir parlé.




Oh que j'aime ça, retour en 1972 pour le troisième opus de la série




Et pour terminer ma lc avec ma binôme Julie


Deux super bd's , un régal





Je l'ai dévoré, il a 10 ans, il est HP et il nous explique ce qu'il vit.



Et je termine le mois en commençant un petit polar italien.


mercredi 28 juin 2017

Père inconnu -Patrick Denys

Père Inconnu   -  Patrick Denys

Père inconnu

Grasset
Parution : 12/04/2017
Pages : 240
Format :140 x 205 mm
Prix : 19.00 €
Prix du livre numérique: 13.99 €
EAN : 9782246812463


Présentation de l'éditeur

Paul n’a jamais su qui était son père.
Dans les années soixante-dix, il découvre ce qu’on lui avait toujours caché.
Durant l’exode de 1940, Dorine rencontre Ludovic, curé d’une paroisse bretonne.
Coup de foudre : un enfant naît de ces amours interdites.
Le scandale de cette liaison, le désastre qui s’ensuivra et le broyage de ce père inconnu par la hiérarchie de l’Église ont pour cadre une Bretagne travaillée par la Résistance et les mouvements autonomistes.
L’Océan ponctue de ses colères blanches ce récit autobiographique, devenu roman d’une passion impossible détruite par les préjugés.

Mon avis

Merci à Nath ma copine parisienne d'en avoir parlé avec passion et à Anne des Éditions Grasset de m'avoir permis de découvrir ce magnifique récit.

J'aime découvrir les premiers romans et celui-ci est autobiographique et intense.

Nous sommes en Bretagne, en 1940.  Dorine a deux filles d'un premier mariage, après le décès de son mari, elle a épousé en secondes noces François Le Gall, un marin.  Ce n'est pas un mariage d'amour mais de cette union est née une troisième fille.  Dorine a une passion : la mer et son voilier "Le Buan".

Patrick Denys nous décrit sa Bretagne à merveille, c'est presque un personnage à part entière. Les descriptions des paysages, de la mer, des marins sont superbes.

1940, François est parti à la guerre. Un résistant, capitaine mais aussi prêtre s'installe chez Dorine, il s'agit de Ludovic Chambrin.

Ce sera le début d'une passion de laquelle naîtra Paul.  Paul Bernard, un nom d'emprunt donné à la va-vite à la mairie, un enfant né de parents inconnus...

François rentrera de la guerre et répudiera en quelque sorte Dorine, l'installant dans une petite maison à Benodet, confiant leur fille à sa soeur.  C'est là que grandira Paul, sous le poids de la honte, du déni, sans savoir ce qu'est un père.

Dorine et Ludovic continueront à se voir malgré l'ingérence du pouvoir ecclésiastique qui écarte Ludovic en l'affectant dans une autre paroisse.  Une passion, un déni.  Ludovic est partagé entre la peur de gâcher sa vie et le questionnement de l'amour à donner aux autres... et lui ? Sa propre existence doit-elle être autre ?

Un magnifique premier roman émouvant.  Une plume authentique, sincère donnant la parole alternativement à Paul, Ludovic, Dorine et Jeanne la bonne de Dorine.  Un roman montrant les forces et les failles de chacun, parlant de la quête du père, la résilience et le pardon.

Un excellent moment, merci encore à Nath  de m'avoir donné l'envie de découvrir cette pépite.  Une plume à suivre que je vous recommande.

Ma note : 9.5/10 pas très loin du gros coup de ♥

Les jolies phrases

Tu as raison, le possible ça n'existe pas.  Les choses sont ou ne sont pas.

C'est quoi la raison ? Le désenchantement, l'ennui, l'aversion ? Et c'est quoi l'amour ? Devenir folle, sans doute.  Folle de bonheur.

Ludovic cherchait le regard de Dorine et continuait de l'éviter dès qu'il le croisait, ce jeu d'esquives devenait irrésistible et cela n'avait rien à voir avec l'âme, rien qui fût pensé ou réfléchi, cela venait du creux de son ventre, un désir immense de sentir sa peau contre la sienne.

Enfermé dans votre caverne, que saviez-vous du désir ?  Sans doute vous étiez-vous fait une représentation du feu mais aucun incendie ne vous avait encore embrasé.  Vous ignoriez encore que les brûlures ne sont pas de l'ordre de la pensée, mais de l'affection.  Vous vous croyez à l'abri de l'humanité des autres, ignorant qu'elle peut être tout simplement désirable; cette découverte inattendue vous était insupportable.  A quel moment avez-vous posé vos lèvres sur la bouche de cette femme ?  L'avez-vous dénudée ce jour-là? Était-ce pour vous une première fois ?

Quand on n'a plus rien à partager, disait-elle, la présence de l'autre est une souffrance.

Pour nous, la religion, c'était le respect des choses saintes, et les choses saintes, ça n'était jamais triste, ça ne faisait peur à personne.

Depuis la naissance de l'enfant, tout se passe comme si les liens de sa vie et de sa conscience s'étaient délités.

Vous ne m'avez pas donné votre nom, vous ne m'avez rien donné.  Ma mère non plus ne m'a pas donné mon nom.  Il a fallu en inventer un à la sauvette pour l'état civil.  Même les fruits vénéneux ont leur nom.

Avez-vous jamais songé à cela, à la perte ou au refus du nom comme un dépouillement, une mise à nu ?  L'irrémédiable amnésie, l'oubli du nom de l'autre, comme s'il n'existait pas.  La béance de ce vide.

Savez-vous que c'est vertigineux, la lacune du nom ?
 Nom du père :               Nom de la mère :
Deux points et le vide de l'espace blanc sur une carte d'identité !  Comment un arbre pourrait-il s'épanouir si les racines ont été coupées, qui le raccordaient au sol ?

Et pourquoi pas l'amour de soi-même ?  Peut-on vivre heureux, se demande-t-il, si l'on ne donne pas une priorité au goût de sa propre existence ?

Le corps est à l'âme ce qu'est la bête au dompteur, une bête fauve et dangereuse et familière des ruses du "malin".

dimanche 25 juin 2017

L'île au rébus - Peter May

L'île au rébus     -    Peter May




Rouergue
Traducteur : Ariane Bataille
avril 2017
304 pages
20,00 €
ISBN
978-2-8126-1041-7


Présentation de l'éditeur

Voilà vingt ans qu’Adam Killian est mort sur Groix, cette île où jamais aucun crime n’avait eu lieu de mémoire d’homme mais où ce retraité anglais, passionné d’entomologie, a été brutalement assassiné. Et depuis vingt ans sa belle-fille tient scrupuleusement le serment qu’elle lui a fait de ne rien déplacer dans son bureau, là où le défunt a laissé des indices qui permettraient à son fils de confondre son meurtrier, sans imaginer que celui-ci trouverait la mort quelques jours après lui ni que personne ne parviendrait à identifier le coupable. Tenu par sa promesse d’élucider cette quatrième affaire non résolue du best-seller Assassins sans visages, Enzo Macleod, le spécialiste des scènes de crime, débarque sur la petite île bretonne où nul ne souhaite voir ressurgir ce fait-divers infamant. Dans le bureau d’Adam Killian l’attendent un étrange rébus et les plus insondables secrets de la vie d’un homme.
Avec cette nouvelle énigme de sa série française, Peter May nous invite à un huis clos oppressant sur l’une des îles les plus fascinantes du littoral breton.

Mon avis

Enzo Mac Leod est spécialiste des scènes de crimes.  Il s'est fait la promesse d'élucider des affaires non résolues, celles dont traite le best-seller "Assassins sans visages".  Son meilleur allié : les nouvelles technologies.

Il arrive sur l'île de Groix où il y a plus de 20 ans, Adam Killian, un retraité anglais, passionné d'entomologie avait trouvé refuge.  Un peu avant sa mort, il s'était entretenu avec sa belle-fille Jane en lui disant que si malheur lui arrivait, son bureau devait rester en l'état, des indices permettant de comprendre à son fils Peter ce qui s'était passé.  Peter malheureusement devait disparaître à son tour.

L'affaire n'a jamais été résolue, un homme, Kerjean, taciturne, violent avait été soupçonné puis libéré.

Enzo Mac Leod débarque sur cette île bretonne, il n'est pas toujours le bienvenu, les gens sont hostiles car il va remuer le passé.

Petit à petit les choses se mettent en place, très lentement.  On découvre les habitants de l'île, leur rancoeur, la psychologie des personnages, que cachent-ils depuis si longtemps ?

Peter May comme toujours nous enchante dans la description de ces paysages insulaires, il fera tomber le masque de chacun .

Des intrigues, des secrets, rebondissements et fausses pistes à souhait, le tout en compagnie d'un bon whisky bien entendu.

Fidèle à lui même, Enzo Mac Leod résoudra-t-il ce rébus?  Comprendra-t-il les indices disséminés dans le bureau que personne n'a compris jusqu'ici  pour ne pas démentir à sa réputation?

J'ai comme toujours passé un excellent moment en compagnie de l'écriture de Peter May.

Ma note : 8.5/10

Les jolies phrases

- Vous croyez au destin ? Non. Mais parfois, il est agréable de croire que quelque chose d'aussi parfait était planifié.  Que notre existence a un sens, en fin de compte.

- Vous avez raison, le manque ne disparaît jamais. C'est drôle n'est-ce-pas, comme on parvient à remplir sa vie avec d'autres choses ?  Le travail devient une passion.  Les hobbies deviennent des drogues.  Pourtant, à la fin de la journée, on se retrouve seul avec soi-même.

Les gens qui perdent leur liberté s'attachent à des choses susceptibles de donner un sens à leur vie, une raison d'exister.  Ordre, routine, rite, des choses qui rythment le passage du temps, le concrétisent.

oui, mais n'est-ce pas souvent ce qui crève les yeux qui passe le mieux inaperçu ?

jeudi 22 juin 2017

Ne reviens jamais - David Bell

Ne reviens jamais

David Bell


Ne reviens jamais



Actes Sud
Actes Noirs
Mai, 2017
368 pages
traduit de l'anglais (États-Unis) par : Claire-Marie CLÉVY
ISBN 978-2-330-07826-3
prix indicatif : 22, 80€


Présentation de l'éditeur



Bien qu’elle étudie l’histoire, celle de son pays, à l’université de l’Ohio, Elizabeth Hampton se révèle dangereusement ignorante dès lors qu’il s’agit d’aborder celle de sa propre famille.
Quand un coup de fil de la police informe la jeune femme du décès de sa mère, Elizabeth est doublement choquée d’apprendre que la mort est considérée comme “suspecte”, et que son frère Ronnie, handicapé mental, pourrait être impliqué. Ce dernier, qui vivait toujours avec leur mère au moment du drame, et dont les crises de colère à répétition inquiétaient son entourage, est hospitalisé d’office. Alors que le doute sur l’innocence de Ronnie semble gagner jusqu’à ses plus fidèles soutiens, Elizabeth reste convaincue qu’il n’a rien à voir avec tout ça. Mais qui, dans ce cas, a bien pu vouloir tuer une tranquille et paisible retraitée ?
Derrière le calme de façade d’une petite ville du Midwest américain, David Bell met en scène un nouveau drame familial sombre et captivant. Et s’affirme, avec ce troisième roman, comme l’un des maîtres actuels du thriller psychologique.

Mon avis

Elizabeth Hampton étudie et enseigne l'histoire à l'université de L'Ohio.  A 26 ans, elle se veut indépendante et a bien l'intention de mener sa vie comme elle l'entend.  Elle a un frère Ronnie vivant toujours avec sa mère Leslie.

Elle est partie de chez elle depuis six semaines suite à une dispute au sujet de Ronnie.  Leslie voulait lui faire promettre de veiller sur son frère Ronnie, si un jour elle n'était plus là.

Un coup de fil lui annonce le décès de sa maman.  Elle se précipite pour réconforter Ronnie et elle apprend en arrivant que Leslie a été victime d'un meurtre et que son frère est le principal suspect.

Effondrée, elle trouve réconfort auprès de son oncle Paul qui avait promis de prendre soin de Ronnie.

Elizabeth doute de la culpabilité de son frère, elle est convaincue de son innocence d'autant plus qu'il se passe des choses bizarres ; un cambriolage à son domicile, un testament modifié...

C'est un grand format de 357 pages que j'ai littéralement englouti en peu de temps.  Ce drame psychologique familial est captivant et sombre à souhait.

De courts chapitres, un rythme lent au départ, le temps que les choses se mettent en place et le récit s'accélère au fil des pages.  David Bell distille avec finesse des intrigues, des pistes et indices.  Il y a des rebondissements, des fausses pistes et cela devient peu à peu un page turner.  J'ai vraiment pris beaucoup de plaisir à la lecture.

Je remercie les éditions Actes Sud pour cette surprise inattendue.


Ma note : 8.5/10


Les jolies phrases

Et j'ai constaté une vérité universelle : la mort donne faim.  Soit parce que les gens décident de croquer la vie à pleines dents à la suite d'un décès, soit parce qu'ils ne savent pas de quoi parler en ce genre d'occasion.

La vieillesse est un putain de naufrage. C’est peut-être la seule chose pire que de se retrouver seul.

dimanche 18 juin 2017

Patricia - Geneviève Damas

Patricia      -    Geneviève Damas

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Gallimard - La Blanche
Parution : 18-05-2017
136 pages, 118 x 185 mm
ISBN : 9782072731792
Prix : 12,00€


Présentation de l'éditeur 


Au Canada, Jean Iritimbi, un Centrafricain sans papiers, rencontre, dans l’hôtel où il travaille au noir, Patricia, une cliente blanche qui s'éprend de lui. Pour le ramener avec elle à Paris, elle vole le passeport d’un Afro-Américain. Mais Jean Iritimbi n’a pas dit à Patricia qu’il a une famille au pays, une femme et deux filles. Il apprend en les appelant qu’elles sont en route pour le rejoindre. Hélas, le bateau qui les transporte fait naufrage. On annonce peu de survivants.

À partir d’une des tragédies de notre actualité, l’auteur a composé un roman bref d’une étonnante densité. C’est un texte à plusieurs voix, finement documenté et d’une grande émotion. Les trois personnages principaux parlent à tour de rôle, d’une voix juste, portée par une écriture orale et simple. Cette polyphonie offre une vision originale et sensible du drame des migrants.


Geneviève Damas

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Geneviève Damas est belge et vit à Bruxelles.  Après avoir terminé des études de droit, elle fait des études de théâtre à l'IAD.

Elle est comédienne, metteur en scène et bien entendu écrivain.

Elle adaptera au départ des romans pour le théâtre mais très vite se mettra à l'écriture théâtrale avec entre autres :

- Molly à vélo en 2004
- Molly au château en 2007
- STIB en 2009
- Paix nationale en 2012
- Mais il n'y a rien de beau ici !  en 2015

Son premier roman remporte entre autre le Prix Rossel et le prix des Cinq Continents - prix de la francophonie :

- 2011   Si tu passes la rivière   (Luce Wilquin)
- 2014   Benny, Samy, Lulu et autres nouvelles  (Luce Wilquin)
- 2014   Histoire d'un bonheur (Arléa)
- 2017    Patricia  (Gallimard)

Mon avis

Geneviève Damas signe ici un très grand roman, il est court mais très dense.  Comme toujours il est empreint de beaucoup d'amour et d'humanité.

Un thème d'actualité difficile, celui des migrants.  Un roman chargé d'espoir qui nous montre que nous pouvons agir à quelque niveau que ce soit dans un monde qui perd ses valeurs fondamentales de base; le devoir d'accueil.

Votre regard sur le problème des migrants ne peut que changer après cette lecture.

Le tour de force de Geneviève Damas est que l'on s'éloigne des images malheureusement trop connues et présentes dans l'actualité, le naufrage des migrants et les images des centres.  Elle sort de ces clichés pour nous amener ailleurs, vers la question de l'humain.

Ce sont trois personnages, trois voix, trois destins qui s'entrecroisent.  Il y a Jean Iritimbi, un centrafricain, Patricia une parisienne d'un milieu aisé et Vanessa, rescapée d'un naufrage.  Nous allons vivre leur parcours, leur vie, leur ressenti, leurs émotions.

Jean a quitté son pays il y a une dizaine d'années, il est arrivé au Canada dans l'espoir d'offrir une vie meilleure à sa famille restée au pays, ses femmes comme il dit : Christine et leurs filles Myriam et Vanessa.  Il a très vite compris que ce n'était pas gagné de faire comprendre cela au service d'immigration, il est devenu clandestin.  Il travaille au Niagara Falls Hôtel, c'est là qu'il croisera la route de Patricia, une touriste parisienne.

Patricia est seule comme lui, alors il tente sa chance.  Patricia sera sous le charme , elle fera venir Jean à Paris avec pour lui l'espoir d'une vie nouvelle, son secret enfoui au plus profond de lui.

Jean a besoin d'argent, il joue au casino, trouvera un travail, il doit envoyer de l'argent à ses femmes, il espère qu'ainsi elles auront une vie un peu plus confortable mais il se trompe.  Un jour Christine lui apprend qu'elles ont donné l'argent à un passeur et qu'elles arrivent le retrouver.  Jean se pose alors des questions partagé entre la joie de retrouver sa famille mais inquiet de ce qu'il reste de l'amour pour Christine.

Vous devinez le drame qui surviendra, un naufrage, seule Vanessa la plus jeune âgée de douze ans est rescapée murée dans un silence et une colère sourde.

L'écriture est magnifique, d'une intensité incroyable, toute en délicatesse et émotions.  Ce récit m'a émue aux larmes par son authenticité et l'humanité qu'il dégage.  Un roman porteur d'espoir.

Un bijou à lire sans attendre.

Nous ne devons peut-être pas porter toute la misère du monde mais nous pouvons tous à notre niveau faire en sorte que les choses changent, et redonner espoir et écoute à ceux qui ont tout quitté en espérant un monde meilleur.


Un immense coup de ♥♥♥♥♥

Les jolies phrases

La vraie richesse, c'est de rester avec ceux que l'on aime.

Elles disent que ça va, mais je n'en suis pas sûr, il y a de l'inquiétude au fond de leurs voix et, tout à coup, je comprends qu'elles sont en train de devenir comme moi, mes femmes, c'est bien plus qu'un continent que l'on traverse, c'est quelque chose d'invisible qui nous transforme et nous laisse sur le qui vive, à ne plus faire confiance à personne.

Tu mets le pied dans un endroit que tu ne connais pas, un endroit qui ne t'attend pas, un endroit pour lequel tu as tout abandonné et où il faudra, malgré tout, contre tout, faire ta vie.

Au petit matin, je monte dans la voiture, je descends au bout de la terre, tout au bout, et la peur ne me quitte plus, j'arrive à Villa San Giovanni, je prends le ferry, durant la traversée, j'observe les familles, je regarde les mères avec les enfants, les pères aussi, les mains qui se cherchent, les petits qui s'endorment au creux des bras et je pense que tout cela est un trésor que j'ai laissé derrière moi, si j'avais su, si j'avais su, comme j'espère n'avoir pas tout perdu.

Avancer, avancer toujours comme je n'ai cessé de le faire durant ces années, mais avancer pour quoi ? Vers tout ce que l'on perd, vers tout ce qui s'effondre ? Quel sens a encore, ma vie ?

Il faut quelqu'un pour la protéger, l'aider à grandir, lui donner une vie qui vaille le prix de la traversée.

Peut-être que les morts prennent possession de nos vies bien plus qu'on ne l'imagine.

Quelque chose en moi s'est détendu, je m'imagine que le trajet de retour se poursuivra sans accrocs, nous avons fait le plus dur, c'est ça que je me dis, mais je me trompe.  J'apprendrai, au fil des jours et des mois, cette alternance de brèves avancées et de violents reculs, ces courts moments de familiarité suivis de longues douches froides qui ne me permettront jamais de savoir où nous en sommes, toi et moi, si j'existe quelque part dans ta vie.

Au début, il paraît supportable, mais au bout de quelques minutes ton silence s'abat sur moi comme un orage.  Et je n'entends plus que lui dans la voiture ...

J'apprendrai, au fil des jours et des mois, cette alternance de brèves avancées et de violents reculs, ces courts moments de familiarité suivis de longues douches froides qui ne me permettront jamais de savoir où nous en sommes, toi et moi, si j'existe quelque part dans ta vie.

Si je m'écoutais, je poserais ma main sur ton dos pour te rassurer, pour que tu te sentes moins seule, certainement pour m'en convaincre aussi, mais depuis hier j'apprends à retenir mes gestes, ce sera ça aussi la vie avec toi, savoir que j'ai envie de te donner et de te dire, et garder, toujours garder, ne livrer qu'une portion congrue de ce que je voulais t'offrir, pour que tu puisses le recevoir, accepter ce qui t'arrive de moi. Donner à peine pour te laisser toute la place.

Il y a du bruit, beaucoup de bruit, imperceptiblement, tu t'approches de moi, comme si tu cherchais une protection; et ce mouvement ténu me rassure, il y a quelque chose entre nous, quelque chose que je ne peux nommer mais qui existe, qui commence à se construire ...

Ce centre, c'est comme une école, avec des docteurs.  Pour aller chercher la souffrance coincée à l'intérieur.

J'ai du mal avec le calcul et les conjugaisons.  C'est normal, dit le docteur Ronvaux, Vanessa a perdu toute sa famille, elle ne connaît plus que le singulier et la solitude.

samedi 17 juin 2017

SUISEN - Aki SHIMAZAKI

Suisen

Aki Shimazaki

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Actes Sud / Lemeac
Mars, 2017
10,0 x 19,0 
168 pages
ISBN 978-2-330-07212-4
prix indicatif : 15, 00€


Présentation de l'éditeur


À la tête d’une société prospère fondée par son grand-père, Gorô est marié avec une femme de bonne famille et père de deux enfants pour qui il a des ambitions claires. Il entretient deux maîtresses – dont une magnifique actrice –, il s’entoure de clients importants dans les bars et exhibe fièrement des photos de lui auprès de célébrités. Même s’il croit en mériter toujours davantage, Gorô trouve qu’il a bien réussi sa vie. Or, le jour où ses convictions sont une à une ébranlées, il est forcé de se regarder franchement dans le miroir, sans doute pour la première fois.

Dans ce roman, Aki Shimazaki plonge au cœur des blessures d’enfance qui deviennent parfois des failles à l’âge adulte.



Mon avis

Gorô est marié depuis 23 ans. Il est le président de Sakaya Kida , une entreprise familiale prospère.

Il a deux enfants, deux maîtresses et ne se prend pas pour rien. Toul lui est dû... Il estime que c'est comme ça.


Gorô n'a pas eu une enfance facile. Sa mère est morte lorsqu'il avait trois ans et un an plus tard, son père se remariait, puis est arrivée Aï, sa demi-soeur, beaucoup plus sensible que lui, qui lui a vite fait de l'ombre. Une jeune femme douée aux études, en musique - domaine dans lequel il excédait mais manquait de sensibilité.


Gorô est vraiment devenu un être imbuvable, imbu de sa personne, macho, pensant avoir tous les droits.

Sa fille Yoko a choisi des études de musique, son fils Jùn aimerait étudier la psychologie mais c'est hors de question car Gorô estime que c'est lui qui reprendra la présidence de Sakaya Kida.

Plus rien ne va plus pour Gorô, il semble bien que les choses changent. En un rien de temps, tout s'effondre autour de lui.

Sa maîtresse principale Yuri est actrice, elle lui doit tout selon lui car c'est Gorô qui l'avait présentée à son directeur de production. Il est invité à une réception à l'occasion de son dernier film "Ne me quitte jamais maman !". Un film et une chanson qui seront un des éléments central de ce roman. On y parle d'une jolie fleur jaune "Suisen", le narcisse.

Cette fleur lui fait penser à une étudiante Sayoko qui lui avait offert la veille de son mariage une cravate sur laquelle se trouvait dessiné des Suisen. Il se replonge dans son passé.

Une fois de plus, Aki Shimazaki nous décrit avec beaucoup de sensibilité le plus profond de l'âme humaine. Elle est comme chaque fois sobre en mots mais tellement juste. C'est encore un petit bijou.

Quelle sensibilité, j'adore.


Ma note : 9/10




Retouvez les deux premiers romans de ce cycle, il n'est pas nécessaire d'avoir lu les précédents au préalable.



Azami 


Les jolies phrases


Après tout, qu'est-ce que c'est, l'amour ? J'aime bien toutes les femmes qui couchent avec moi. C'est tout. Les femmes aiment aimer, et les hommes aiment être aimés, voilà ce que je crois. Il faut en profiter.


Sayoko était différente de celles que j'avais rencontrées. Lorsque je lui ai dit que toutes les filles rêvent de se marier avec un prince charmant, elle m'a répondu :


- Une vie de Cendrillon, ce n'est pas mon rêve. J'adore apprendre en général. J'aime les défis : je veux exploiter mes propres possibilités. Je suis pauvre, mais je n'en ai pas honte. Je suis fière d'être occupée par mes études et mon travail.


Il m'était impossible d'imaginer sa vie. Je ne comprenais pas sa mentalité - pauvre mais fière de ses études et même de son emploi minable. Je croyais qu'elle faisait la brave. Pour moi, la pauvreté, c'est la honte.


Je me vante de fréquenter des célébrités. Mais qui est fier de me connaître ?

mercredi 14 juin 2017

Un chien en ville - Jules Gassot

Un chien en ville      

Jules Gassot


Rivages
Grand format 
140 pages.
Paru en : Avril 2017
Prix : 18.00 €
GENCOD : 9782743639907


Présentation de l'éditeur

Vous avez toujours rêvé de connaître les moindres pensées de votre chien ? Aux quatre coins du monde, Jules Gassot nous fait vivre cette expérience en retraçant dans dix courtes nouvelles le destin du meilleur ami de l’homme. Le chihuahua d’une starlette d’Hollywood ; le dalmatien d’un séducteur milanais ou encore le chow chow d’une esclave sexuelle chinoise addict à l’héroïne : tous ces chiens racontent avec sarcasme et ironie leur propre vie mais surtout celle de leur maître. Témoins privilégiés de nos bassesses les plus inavouables et de la superficialité de nos sociétés, qui de mieux placé qu’eux pour juger et questionner notre rapport au monde ? Avec une plume aiguisée et un humour décapant, Jules Gassot fait mouche à chaque fois. Il donne la parole à nos fidèles compagnons et nous fait vivre page après page une vraie vie de chien.

Mon avis

Des nouvelles pour changer.  Une démarche originale, comment nos amis à quatre pattes, les canidés nous perçoivent-ils ?

Jules Gassot a donné la parole à douze chiens dans douze capitales du monde.  Yorkshire, labrador, lévrier, chow-chow en passant par le chien des rues, chacun nous conte à sa façon une tranche de vie de leur maître.  L'occasion pour nous parler des habitudes alimentaires de l'homme, de ses joies, des ses solitudes ou de ses tristesses.

L'idée du chien permet à Jules Gassot d'avoir un regard critique sur l'homme et notre société aux quatre coins de la planète.

En route pour une ballade glaciale à Copenhague, à Prague pour suivre le destin d'un chien d'aveugles, à New York en compagnie d'un promeneur de chien, pour une errance dans les rues de Sarajevo.

Une vision de l'évolution des technologies  (internet à Londres) ou de notre addiction à celles-ci à Tokyo.

On y parle aussi de rupture à Berlin, de faussaire à Bruxelles, d'amour et de musique à Paris.

Un moment de lecture bien sympathique.  Un grand merci à Dominique et aux éditions Payot-Rivages.

Une jolie phrase

Tous les convives ont un portable pour colonne vertébrale.  Ils ne veulent pas vivre sur la Terre, mais naviguer sur le Web puisque Internet est la charpente sous laquelle ils abritent leurs démons. Avant, les regards de l'homme se tournaient vers les cieux, aujourd'hui, pour trouver des réponses, il pianote sur son clavier, Dieu est dans une machine.

dimanche 11 juin 2017

Martha ou la plus grande joie - Francis Dannemark

Martha ou la plus grande joie

Francis Dannemark



Castor Astral
ISBN 979-10-278-0120-6
15,00 EUR
192 pages
juin 2017

Présentation de l'éditeur




« Martha a perdu de larges pans de sa mémoire à la suite d’un accident. Elle parle peu mais elle voit tout. Et quel sourire ! Au début de l’été, en nous rendant dans un joli village au bord de l’Yonne, nous ignorions qu’une femme âgée allait nous dévoiler son passé et nous plonger dans l’eau froide du nôtre. Pendant ce temps, en Irlande, un vieil écrivain, dont j’étais le traducteur et l’ami, serait accusé de plagiat et disparaîtrait dans la nature.

Mais lorsque je repense à ces journées, j’ai envie de retenir tout ce qu’elles ont eu de tendre, de farfelu et de merveilleux. J’ai envie de parler de la plus grande joie de Martha, qui pourrait bien être aussi la mienne. Et la vôtre. »

De révélations en rencontres, la vie des protagonistes se transforme, faisant place à une grande joie, dans cette comédie dramatique où l’on retrouve la « petite musique » si fluide de l’auteur.

Charte graphique conçue par Florence Boudet et Chloé Poizat.

Mon avis

Martha et son frère Martin (notre narrateur) sont en route vers un petit village de l'Yonne pour y rencontrer Jeanne, une amie de leur père décédé depuis de nombreuses années.

Chemin faisant, ils s'arrêtent au bord de la rivière pour faire une pause et profiter un peu de ce cadre enchanteur.  (Les descriptions sont juste sublimes).

Martha a subi un grave accident domestique il y a deux ans, depuis sa mémoire lui joue des tours et sa santé est fragile.

Impossible de repartir et de rédémarrer la voiture.  C'est la panne !  Hasard, coïncidence, ils vont croiser Septime, un garagiste qui va les emmener au village chez leurs hôtes.

Rencontre providentielle, Septime deviendra leur chauffeur, attentif, serviable, amoureux de la nature, il sera toujours là au bon moment.

Martha et Martin venaient rencontrer Jeanne, une amie de leur père qui a un manuscrit à leur remettre.  C'est une toute vieille dame, charmante, bienveillante qui peu à peu leur racontera sa vie, le lien qu'elle entretenait avec leur père.

Secrets, destinées, amours défuntes ou à venir, Francis Dannemark nous emmène comme toujours à la rencontre de personnages remplis d'humanité.  J'ai eu le sentiment de côtoyer Jeanne, Martha, Septime, même au delà de la lecture.

Une bienveillance, de la joie, de la chaleur humaine, du coeur, c'est ce qui se dégage de ce magnifique récit.  La nature et les animaux y occupent comme souvent une place prépondérante.  La plume est fluide, on vit un moment "hors du temps", tout s'arrête porté par l'authenticité, la fragilité des personnages.  Martha, c'est vraiment la joie qu'elle sème autour d'elle, et c'est ce que l'on éprouve à la lecture de ce court et très beau roman.

Merci Francis, juste un moment de bonheur.

Ma note : ♥♥♥♥♥


Les jolies phrases

Vous savez, il y a un étrange mur invisible entre enfants et parents.  Et les enfants ont besoin de ce mur, ils s'en servent pour grandir.

L'amour, ça n'a pas la même valeur pour tout le monde.  Si tu cherches un bon jour pour être un peu réaliste, c'est aujourd'hui  !  La vie n'est ni noire, ni blanche, elle est souvent grise.

J'étais la pièce à laquelle on tient et qu'on n'a pas envie de perdre mais qu'on ne sait où mettre ...

J'ai connu quelqu'un qui avait eu un accident de voiture.  Après, sa mémoire, c'était comme une radio qui change de longueur d'onde sans prévenir.  Et parfois, il n'y avait que des parasites...

On dit que l'argent et le pouvoir font tourner le monde, pas l'amour.  Peut-être..., mais c'est l'amour qui l'empêche de tourner fou.

Tu ne verras ce côté-ci de la rivière que lorsque tu l'auras traversée et que tu seras de l'autre côté.

Parce que j'ai pensé qu'on est tout seul mais que si quelqu'un vous aime et qu'on l'aime de tout son coeur, on n'est plus seul, et ça, c'est merveilleux.

Ce qui m'avait vraiment touché, c'est ce qu'il disait des mots : "Les mots signifient tout, n'importe quoi et le contraire. C'est le ton qui compte.  C'est la lumière dans les yeux de la personne qui parle et dans ceux de celle qui écoute.  Le grain de la voix.  Une vibration dans l'aire.  La courbe qui dessine la main pendant que les mots filent.  Allez faire passer ça dans un texte...!  Ecrire est un métier affreusement compliqué. (Rire.) Je crois que j'aurais préféré jouer de la cornemuse.  Mais c'est très difficile de raconter une histoire en jouant de la cornemuse.  Comme c'est ça que j'aime, raconter des histoires, alors je continue à les écrire.

jeudi 8 juin 2017

Une bouffée d'air pur - Amulya Malladi

Une bouffée d'air pur

Amulya Malladi

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Mercure de France
Traduit par Geneviève Leibrich
12-01-2017
 ISBN : 978-2-7152-4511-2
 220 pages
Prix : 22.80 €

Présentation de l'éditeur


J’ai senti mes poumons comme écorchés en dedans par des ongles, comme si quelqu’un avait lancé de la poudre de chili rouge dans mes narines. J’ai inhalé à nouveau et c’était pareil. J’ai grippé ma gorge et fermé les yeux qui me brulaient et larmoyaient. Puis j’ai tenu le bord de mon sari contre mon nez dans l’espoir de dissiper quelque peu les épices dans l’air mais rien ne parvenait à assainir l’atmosphère… Si Prakash était venu me prendre à l’arrivée de mon train deux heures plus tôt, j’aurais été sauvée, hurlai-je intérieurement…


On est à Bhopal, en Inde, le soir du 3 décembre 1984, quand l’usine de gaz de l’Union Carbide explose, faisant des milliers de morts et de blessés.

La jeune Anjali attendait ce jour-là son mari à la gare. Très indifférent à son égard, il a oublié de venir la chercher.

Elle survivra, avec de lourdes séquelles, mais exige le divorce, ce qui est alors très choquant dans la bonne société indienne. Remariée plus tard à Sandeep, un homme bon qui l’aime et qu’elle aime, elle aura avec lui un petit garçon gravement handicapé physiquement, une conséquence de ce qu’elle a vécu à Bhopal.

Un jour, Anjali revoit par hasard son premier mari – qui découvre alors les catastrophiques suites de son insouciance d’autrefois. Peut-on oublier, peut-on pardonner, peut-on réparer ?

Amulya Malladi 



Amulya Malladi est née en Inde et y a fait ses études avant de partir vivre plusieurs années aux États-Unis – où elle a débuté sa carrière d’écrivain. Une bouffée d’air pur, son premier roman, a tout de suite eu du succès, suivi par cinq autres, traduits en plusieurs langues.

Elle vit aujourd’hui au Danemark, avec son mari danois et leurs deux fils. Elle n’avait encore jamais été publiée en français.

Mon avis

Le 3 décembre 1984, une explosion se produit dans une usine d'Union Carbide à Bhopal. Je m'en souviens, c'était chaotique, des milliers de gens sont morts ou blessés, une attaque d'une grande nocivité.

J’ai senti mes poumons comme écorchés en dedans par des ongles, comme si quelqu’un avait lancé de la poudre de chili rouge dans mes narines. J’ai inhalé à nouveau et c’était pareil. J’ai grippé ma gorge et fermé les yeux qui me brulaient et larmoyaient. Puis j’ai tenu le bord de mon sari contre mon nez dans l’espoir de dissiper quelque peu les épices dans l’air mais rien ne parvenait à assainir l’atmosphère… Si Prakash était venu me prendre à l’arrivée de mon train deux heures plus tôt, j’aurais été sauvée, hurlai-je intérieurement…

Anjali est à la gare de Bhopal ce soir là, elle attend son mari Prakash Mehra, un officier de l'armée.  Il l'a oubliée, si seulement il avait été à l'heure, Anjali son épouse aurait eu la vie plus belle.

Elle est là, à l'attendre et voit tout le monde autour d'elle s'effondrer.  Il faut fuir à tout prix. Anjali vivra mais paiera le prix fort.

Nous la retrouvons seize ans plus tard, elle est aujourd'hui mariée à Sandeep.  Elle souffre de crises d'asthme et son fils Amar âgé de douze ans est gravement malade suite au gaz inhalés des années plus tôt par sa mère.

Un jour, au marché elle croise Prakash dont elle est divorcée - fait unique en Inde seul 1 % des femmes sont dans cette situation.  Il est là devant elle avec sa famille.  Tout son passé ressurgit.

C'est un premier roman choral que nous propose Amulya Malladi, un premier roman écrit il y a de nombreuses années, il vient d'être traduit par Geneviève Leibrich et publié chez Mercure de France que je remercie pour ce bel envoi.

Anjali, Prakash vont revivre ce qui s'est passé seize années plus tôt.

Le rêve de la jeune Anjali de se marier avec un officier militaire et de vivre bien, un mariage arrangé et une toute autre réalité.  Le poids des traditions est fort en Inde, le divorce très rare.  Anjali a franchi le pas en espérant le bonheur mais à quel prix car le regard des autres est lourd à porter, pour ses parents c'est le déshonneur qu'ils portent.

Un premier roman qui nous parle finalement bien peu de la catastrophe de Bhopal mais nous fait découvrir la société, le poids des traditions, l'aspect politique avec le décès d'Indira Gandhi, les conditions des hôpitaux en Inde ... Il est également question de culpabilité, de pardon.

Une jolie plume. Je remercie Mercure de France de nous permettre de découvrir des auteurs du monde entier.


Ma note : un coup de ♥

Les jolies phrases

Le temps rend excuses et absolutions inutiles.  Il ne guérit pas vraiment, il éloigne simplement les mauvais souvenirs, si bien que le cerveau ne peut plus éprouver à nouveau la douleur envolée.

Tous les mariages ont des problèmes, mais les épouses ne s'enfuient pas et ne demandent pas le divorce pour autant.

C'était la malédiction de la société.  La femme était toujours à censurer.  Dans tous les cas ! Si elle était violée, c'était de sa faute.  Si elle était battue, c'était de sa faute. Si son mari la trompait, c'était de sa faute.

Ce n'est pas juste, a-t-elle dit, qu'un petit garçon soit au courant des restrictions dont pâtissent ses parents.  Les parents sont censés être infaillibles, être des créatures parfaites mais Anjali estimait que nous étions de mauvais parents parce que notre fils savait que nous étions faillibles. Pas parce que nous n'étions pas en mesure d'acheter des gombos tous les jours, mais parce que nous ne pouvions pas protéger notre fils ni le sauver de son propre corps.

Le fils était l'héritier, celui qui était censé prendre soin de ses vieux parents, tandis que la fille était le propriété de quelqu'un d'autre dont on se débarrassait à la première occasion sur les épaules d'un mari et de ses beaux-parents.